Des pirates russes ont ciblé des groupes conservateurs américains, annonce Microsoft

Des pirates russes ont ciblé des groupes conservateurs américains, annonce Microsoft
Photo prise le 17 octobre 2016 montrant un employé tapant sur un clavier à Moscou Kirill KUDRYAVTSEV

Des pirates informatiques russes au service du Kremlin ont visé les sites internet de centres de réflexion conservateurs américains, a annoncé Microsoft, ravivant les craintes d'une nouvelle ingérence de Moscou dans la politique américaine.

Le géant américain des logiciels a indiqué avoir fermé la semaine dernière six faux noms de domaine créés par le célèbre groupe de pirates "Fancy Bear", considéré comme étant contrôlé par les services de renseignement russes.

Les hackers ont mis en ligne des faux sites imitant ceux de deux centres de réflexion et du Sénat des Etats-Unis.

L'objectif est de faire croire aux internautes qu'ils accèdent à des sites gérés par ces organisations afin de leur dérober des informations, dont des mots de passe, selon Microsoft.

Il s'agit d'une expansion importante des activités de "Fancy Bear" qui, depuis la campagne électorale américaine de 2016, a principalement visé des candidats et leurs équipes de campagne, des partis politiques et des systèmes de vote.

Cette annonce intervient au moment où les craintes de voir les Russes de nouveau s'immiscer dans les prochaines élections parlementaires de novembre sont ravivées.

Des consultants en cybersécurité, y compris chez Microsoft, ont déjà identifié plusieurs tentatives d'infiltrer les campagnes de candidats.

"Nous craignons que ces sites et d'autres tentatives ne constituent une menace pour la sécurité d'un nombre grandissant de groupes liés aux deux partis politiques américains dans la perspective des élections de 2018", a écrit le patron de Microsoft, Brad Smith, sur un blog.

"Il est clair que les démocraties à travers le monde sont attaquées", a-t-il ajouté.

- "Intérêt national" -

Des institutions politiques et des agences gouvernementales américaines ont renforcé leurs défenses contre le piratage informatique et la manipulation sur les réseaux sociaux après l'ingérence russe dans l'élection présidentielle de 2016.

Selon des responsables du renseignement américain, le président russe Vladimir Poutine lui-même a supervisé les efforts du GRU et du FSB (le service de renseignement qui a succédé au KGB) en vue de s'introduire dans les ordinateurs du parti démocrate et de l'équipe de campagne d'Hillary Clinton, pour nuire à sa candidature.

En juillet, le procureur spécial Robert Mueller a inculpé douze agents du renseignement russe pour ingérence dans la présidentielle de 2016.

Plusieurs gouvernements d'Europe occidentale, comme la Suède, la France, l'Allemagne et les Pays-Bas, ont fait état de tentatives similaires de la part des mêmes organisations pour interférer dans leur politique ces trois dernières années.

Selon Microsoft, un des sites piratés imitait celui de l'International Republican Institute (IRI), dont le comité comprend des sénateurs républicains comme John McCain, critique vis-à-vis de Vladimir Poutine.

Un autre fait semblant d'être celui de l'Hudson Institute, qui soutient les pressions politiques et économiques sur la Russie et veut renforcer l'Otan, des positions généralement aux antipodes de celles du président Donald Trump. Un autre site imitait pour sa part celui du Sénat américain.

Le patron du renseignement américain Dan Coats a indiqué en juillet dans une discussion organisée au Hudson Institute que dans le domaine des menaces sur internet, "la Russie a été l'acteur étranger le plus agressif, sans le moindre doute. Et ils continuent d'essayer de saboter notre démocratie".

Microsoft a obtenu de la justice de pouvoir fermer les six sites, portant à 84 le nombre de faux sites créés par Fancy Bear fermés par la société ces deux dernières années, selon M. Smith.

Dans le cas le plus récent, Microsoft a dit ne pas avoir de preuves sur le fait que les piratages aient réussi.

Des experts estiment qu'il s'agit d'attaquer quiconque s'oppose à Vladimir Poutine.

"C'est une nouvelle preuve du fait que les Russes ne mènent pas réellement d'attaques partisanes. Ils mènent des attaques qu'ils perçoivent comme étant dans leur propre intérêt national", a déclaré Eric Rosenbach, directeur du projet Defending Digital Democracy à l'université de Harvard, cité par le New York Times.

Le Kremlin a de son côté indiqué "ne pas savoir de quels pirates il est question et en quoi ils ont influencé les élections".

Et le ministère russe des Affaires étrangères a dénoncé des "déclarations faites sans la moindre preuve et clairement destinées à produire un effet de choc politique et public maximal".

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