Theresa May rassemble son parti en ciblant la Russie

Theresa May rassemble son parti en ciblant la Russie
La Première ministre britannique Theresa May au au congrès du Parti conservateur à Londres, le 17 mars 2018SIMON DAWSON
Russie

La première ministre britannique Theresa May a attaqué la Russie lors du discours qu'elle a prononcé samedi au congrès du Parti conservateur britannique à Londres, après une semaine de fortes tensions diplomatiques qui lui ont permis d'engranger les soutiens.

Confrontée à de sévères divisions au sein des Tories sur le dossier du Brexit, sur la sellette selon certains, la Première ministre britannique a réussi à restaurer son autorité en affichant sa fermeté face à Moscou dans le dossier de l'empoisonnement de l'ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia le 4 mars à Salisbury (sud-ouest de l'Angleterre).

"Jamais nous ne tolérerons de menace du gouvernement russe contre la vie de citoyens britanniques ou étrangers sur le sol britannique", a-t-elle affirmé devant les militants et élus conservateurs qui l'ont longuement applaudie.

Sa décision annoncée mercredi d'expulser 23 diplomates russes du Royaume-Uni et de mettre fin aux relations bilatérales "de haut niveau" entre les deux pays a depuis reçu un large soutien dans la classe politique britannique, jusqu'aux Premiers ministres gallois et écossais, pourtant issus de l'opposition, et lui a permis d'unir les rangs du Parti conservateur.

- 'Consensus' au Parlement -

"Nous avons observé un consensus à la Chambre des Communes cette semaine, à mesure que les députés, tous partis confondus, se sont levés pour condamner les actions de la Russie et soutenir la position du gouvernement", s'est-elle réjouie. Elle a souligné qu'elle avait reçu le soutien des États-Unis, de l'Otan, de l'Union européenne et de l'ONU.

Le chef de l'opposition, Jeremy Corbyn, qui avait lui prêché la prudence et refusé d'accuser Moscou, a au contraire fait l'objet de critiques jusque dans son propre camp cette semaine.

Alors que la Russie a annoncé dans la matinée l'expulsion de 23 diplomates britanniques et la fermeture à Moscou du British Institute, l'organisme de promotion de la culture et de la langue anglaise, en réponse aux sanctions britanniques Theresa May a déclaré que le gouvernement avait "anticipé une réponse de la sorte".

Elle a accusé la Russie de "violation flagrante" du droit international et de la Convention sur les armes chimiques. "Cet acte d'agression russe est l'antithèse même des valeurs libérales et démocratiques qui définissent le Royaume-Uni", a-t-elle affirmé.

Son discours contrastait avec son intervention catastrophique lors du précédent congrès du parti en octobre, où elle avait été prise d'un quinte de toux interminable, s'était vue interrompue par un comédien lui tendant un formulaire de licenciement, tandis que les lettres du slogan conservateur écrit sur le mur derrière elle se décrochaient une à une.

- Diagnostiquée diabétique -

Pour préserver cette unité et cette autorité retrouvée, Theresa May s'est ensuite bien gardée d'aborder le sujet délicat des négociations du Brexit, qui divise toujours profondément les conservateurs, et s'est livrée à un long plaidoyer en faveur des services publics, le cheval de bataille de ses opposants politiques.

"Chacun, au sein de notre parti, est profondément attaché à nos services publics", a-t-elle expliquée. "Quand j'ai été diagnostiquée diabétique, le NHS (National Health service, service de santé britannique) était là pour moi", a-t-elle ajouté, dans une rare expression de son expérience personnelle.

Le Royaume-Uni reste néanmoins englué dans de difficiles discussions avec Bruxelles pour définir une période de transition après la sortie du pays de l'Union européenne prévue dans un an, et surtout les futures relations commerciales.

Un sommet européen est prévu la semaine prochaine à Bruxelles, au cours duquel les 27 doivent adopter leur position sur le cadre de la relation post-Brexit avec le Royaume-Uni, notamment sur le plan commercial.

Mardi, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a demandé à Theresa May de "donner plus de clarté sur comment le Royaume-Uni voit sa future relation avec l'UE".

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