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Italie: Luigi di Maio, le jeune leader des Cinq Etoiles à la tête de la diplomatie

Italie: Luigi di Maio, le jeune leader des Cinq Etoiles à la tête de la diplomatie
Le chef du Mouvement 5 Etoiles Luigi Di Maio le 3 septembre 2019 à RomeAndreas SOLARO

Luigi Di Maio, 33 ans, l'ambitieux chef du Mouvement 5 Etoiles (M5S), a été nommé mercredi à la tête de la diplomatie italienne, un lot de consolation pour celui qui a cédé avec difficulté sa prestigieuse position de numéro deux du gouvernement sortant formé avec la Ligue du souverainiste Matteo Salvini.

"Je viens d'un parcours fait de pas en arrière et de renoncements", a déclaré en début de semaine M. Di Maio, qui revient au gouvernement au sein d'une coalition formée par les inclassables Cinq Etoiles et le Parti démocrate, principale force de gauche.

Il avait alimenté le suspense ces derniers jours en menaçant de tuer dans l'oeuf l'accord conclu avec le PD, si celui-ci n'acceptait pas une série de mesures voulue par le Mouvement.

Au cours des difficiles tractations avec les sociaux-démocrates, il avait finalement levé un dernier obstacle en acceptant de renoncer à son poste de vice-Premier ministre, à condition que le PD fasse de même.

Sorti triomphant des législatives de mars 2018, à la tête du premier parti au parlement, M. Di Maio était aussi l'artisan de l'alliance avec la Ligue (extrême droite), un mariage qui l'a toutefois obligé à renier une à une ses promesses.

Pour gouverner l'Italie, il avait établi "un contrat de gouvernement" avec Matteo Salvini, acceptant de traiter d'égal à égal avec le parti souverainiste, qui n'avait pourtant recueilli que 17% des voix.

Costume impeccable, sourire accroché aux lèvres et ton posé, Luigi Di Maio a réussi le tour de force de faire oublier les vociférations légendaires du fondateur du M5S, l'humoriste Beppe Grillo.

Agé de 71 ans, ce dernier avait pris ses distances avec un M5S censé être devenu "mature", cédant le devant de la scène à Luigi Di Maio désigné en septembre 2017 "chef politique" du M5S pour la campagne des législatives.

Souvent taxé par ses opposants d'inexpérience, voire d'incompétence, en raison de son jeune âge et d'un CV fort mince, il avait rassemblé sur son nom près de 11 millions d'électeurs.

"Di Maio a été créé pour être modéré, rassurant pour les mamans", écrit le journaliste Jacopo Iacoboni dans un livre consacré au jeune leader.

Fils d'un ex-dirigeant du Mouvement social italien, parti néo-fasciste aujourd'hui dissous, Luigi Di Maio a toujours réfuté le terme de populiste, qu'il juge péjoratif, pour qualifier le M5S, et assurait ne pas vouloir d'une Italie extrémiste ou anti-européenne.

- "L'autre là" -

Entré au M5S en 2007, Di Maio en a rapidement gravi les échelons. Après un échec aux municipales de 2010 dans sa petite ville de Pomigliano d'Arco, près de Naples, il était devenu député et vice-président de l'assemblée en 2013, le plus jeune à ce poste dans l'histoire de la République.

Il a assagi la doctrine du M55 sur la sortie de l'euro ou le veto sur les alliances avec d'autres partis.

Mais en cumulant les postes de numéro un du M5S, numéro deux du gouvernement et de ministre du Développement économique et de l'Emploi, Luigi Di Maio a peut-être trop concentré le pouvoir entre ses mains.

Cela ne posait pas de problème quand le M5S recueillait 32% des voix, mais quand les échecs électoraux se sont enchaînés avec une chute à 17% de voix aux Européennes de mai, les contestations à l'intérieur du M5S se sont multipliées.

D'autant que dans le même temps son allié lui faisait avaler couleuvre après couleuvre.

Il s'est ainsi vu imposer moult conditions au "revenu de citoyenneté", sa mesure phare, et n'a pas pu stopper les grands travaux dont il avait promis l'arrêt immédiat, à commencer par la liaison ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin.

Luigi Di Maio en a parfois perdu son calme pourtant réputé à toute épreuve, se plaignant récemment auprès d'élus du M5S que "l'autre là", Matteo Salvini, bloquait toutes ses réformes.

Face à ce tribun lombard devenu un phénomène sur les réseaux sociaux, le jeune Napolitain faisait pâle figure, du haut de ses études de droit vite abandonnées et d'une expérience professionnelle limitée d'administrateur d'un site web, assistant réalisateur et stadier.

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