En ce moment
 

Jawad Bendaoud: "Même pour 150.000 euros, je n'aurais pas hébergé des terroristes"

Jawad Bendaoud:
Le palais de justice de Paris, où se déroule le procès de Jawad Bendaoud, le 24 janvier 2018Philippe LOPEZ

Jawad Bendaoud, jugé depuis mercredi pour avoir logé des jihadistes du 13-Novembre, a affirmé lundi au tribunal que "même pour 150.000 euros", il n'aurait pas hébergé des terroristes, redisant qu'il ne connaissait pas le profil des deux hommes.

La présidente Isabelle Prévost-Desprez a dû suspendre l'audience en fin d'après-midi à cause d'une vive altercation entre les prévenus dans le box, Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah, qui avaient un différend sur un élément du dossier. Mais le procès a repris environ 30 minutes plus tard en leur présence.

"Je devais toucher 150 euros. Mais même avec trois zéros, pour 150.000, je n'aurais pas hébergé des terroristes", a déclaré Jawad Bendaoud à la 16ème chambre du tribunal correctionnel.

"Je préfère prendre six ans et que la vérité soit faite, plutôt qu'être relaxé et toujours être pris pour un menteur, être interrogé dans la rue", a-t-il dit. Jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes", ce délinquant multirécidiviste encourt six ans de prison.

Le tribunal s'est intéressé lundi à la personnalité des prévenus. Jawad Bendaoud est le troisième de cinq enfants. Sa famille est originaire du Maroc; son père a été restaurateur et formateur en bâtiment, et sa mère assistante maternelle. "Tous mes frères ont bien réussi", a-t-il expliqué. L'ainé est mécanicien pour Airbus, un autre gère une boutique d'antiquité.

Le prévenu a eu "une scolarité laborieuse", selon l'étude de personnalité. A 20 ans, il est entré dans une spirale carcérale. Il ne souffre, selon les experts, d'aucune pathologie psychiatrique, mais présente "une intolérance à la frustration".

Mohamed Soumah, également jugé pour "recel de malfaiteurs", pour son rôle d'intermédiaire, est entré en prison pour la première fois à 16 ans. A 28 ans, il a passé neuf en détention, notamment pour des faits de vol avec violence, et des violences contre personne dépositaire de l'autorité publique. "C'est un cercle vicieux. Il faut en sortir", a-t-il dit à la présidente.

Il a évoqué ses relations avec ses frères et soeurs. "Moi, j'avance à gauche. Mon petit frère et ma petite soeur, j'aimerais qu'ils avancent à droite". Et la présidente de répondre, en souriant: "Je préférerais tout droit!".

Jawad Bendaoud n'a pas raté l'occasion de faire son show, notamment en décrivant sa détention, à l'isolement, et sa rencontre à Fresnes avec un rat. "Je le regarde. Il me regarde. Je lui donne du fromage. Il se met debout. (...) Avec sa petite patte, il fait genre: + File-moi le fromage +".

Le procès reprendra mardi avec l'audition de parties civiles.

Vos commentaires