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L'Inde débarrassée de la défécation en plein air, affirme son Premier ministre

L'Inde est débarrassée du problème de la défécation en plein air, a assuré mercredi son Premier ministre, Narendra Modi, à l'origine d'un vaste plan d'installation de latrines, dont le nombre demeure toutefois insuffisant et dont beaucoup sont inutilisées.

"En 60 mois, on a donné accès aux toilettes à 600 millions de personnes (sur 1,3 milliard d'habitants, ndlr), plus de 110 millions de toilettes ont été construites", s'est exclamé M. Modi devant 20.000 chefs de villages rassemblés à Ahmedabad (ouest).

"Le monde entier est stupéfait d'entendre ceci", a-t-il ajouté, alors même que des expert soulignent que la vieille habitude consistant à déféquer en plein air a la vie dure et que des millions d'Indiens continuent d'être privés de telles installations sanitaires.

Narendra Modi, qui a remporté haut la main en mai un deuxième mandat à la tête du gouvernement, a d'ailleurs reconnu qu'il y avait dans ce domaine encore des défis à relever : "Nous devons poursuivre notre périple en vue de rendre l'Inde propre. Nous devons rendre permanent ce changement dans nos comportements", a-t-il martelé.

Personne ne doit être "laissé à l'écart", a poursuivi M. Modi, faisant le point sur le plan "Latrines pour tous" qu'il a lancé en 2014.

Un bilan fait le jour du 150e anniversaire de la naissance du Mahatma Gandhi, qui a non seulement oeuvré à l'indépendance de l'Inde mais également à l'amélioration de la situation sanitaire.

- Encore beaucoup à faire -

"Les femmes de notre pays n'ont plus à attendre dans le noir pour se soulager. Les vies innocentes de jeunes enfants sont sauvées (...), les dépenses de santé ont diminué", s'est félicité le Premier ministre, parlant d'un jalon important sur la voie du développement de son pays.

Le gouvernement indien a officiellement consacré 20 milliards de dollars à ce plan sanitaire destiné à remédier aux effets de la défécation en plein air, qui touche surtout les zones rurales.

Et Narendra Modi a été primé le mois dernier à New York par la Fondation Bill et Melinda Gates pour les mesures qu'il a prises contre ce fléau, les questions sanitaires étant selon elle un problème souvent négligé et le programme mis en oeuvre en Inde pouvant servir de modèle à d'autres pays.

"La possession de latrines est passée de quelque 35% à environ 70% (...) Cela a accéléré la réduction de la défécation en plein air", a convenu auprès de l'AFP Sangita Vyas, du RICE, un institut de recherches économiques

"Mais en décembre 2018, nous évaluions à environ la moitié de la population le nombre des gens qui déféquaient toujours en plein air dans les Etats du Bihar, de Madhya Pradesh, d'Uttar Pradesh et du Rajasthan", qui comptent au total 450 millions d'habitants, a-t-elle aussitôt relativisé.

- Modifier les comportements -

Il n'est pas nécessaire à cet égard d'aller bien loin pour constater que le phénomène est loin d'être éradiqué.

Exemple, dans la capitale New Delhi, Vijaya raconte à l'AFP avoir dû, tôt dans la matinée, se rendre sur une voie ferrée près de la gare d'Hazrat Nizamuddin car "il n'y a pas de toilettes (à l'endroit où nous habitons)". "Nous allons tous (faire nos besoins) en plein air ", déplore-t-elle.

A ce moment-là, "nous ne nous sentons pas en sécurité, mais que pouvons-nous y faire ", renchérit Kaveri, une mère de trois enfants de la banlieue pauvre de Barapullah.

Et lorsque des latrines ont été construites, beaucoup sont fermées, notamment parce qu'elles servent au stockage d'articles divers.

Quant aux zones rurales, où il faut faire face aux barrières culturelles ou au manque de connaissances en matière sanitaire, la priorité est d'y "modifier les comportements", déclare à l'AFP Santosh Mehrotra, un économiste.

En attendant, le Premier ministre Narendra Modi s'est fixé un autre objectif, lui aussi très ambitieux : "Nous devons atteindre l'objectif d'une Inde débarrassée du plastique (à usage unique) d'ici à 2022", a-t-il ainsi lancé mercredi, reprenant une récente promesse.

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