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Médaillée olympique égyptienne d'haltérophilie, Sara Samir fait des émules

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En devenant la première Egyptienne à monter sur un podium olympique en 2016, toutes disciplines confondues, l'haltérophile Sara Samir a fait des émules dans son pays, stimulant l'engouement des jeunes filles pour cette discipline.

"Quand j'ai commencé l'haltérophilie, ma famille ne s'y est pas du tout opposée, elle m'a soutenue", confie à l'AFP Sara Samir, un jour d'entraînement dans le quartier cairote excentré de Maadi, à 90 km au sud-est de sa ville natale d'El-Kasasin, dans la région d'Ismaïlia.

Sara Samir, connue dans les compétitions comme "Sara Ahmed", a marqué l'histoire des jeux Olympiques (JO) en remportant à Rio de Janeiro en 2016 la médaille de bronze d'haltérophilie pour la catégorie des 69 kg - qui regroupe les femmes de plus de 63 kg mais de moins de 69 kg.

Portant un voile islamique sur la tête et un maillot à manches longues couvrant ses bras, Sara Samir, 20 ans, empile des disques sur une barre. Elle suit calmement les instructions de l'entraîneur, le visage concentré à chaque levée de poids.

Elle se souvient encore des réactions à ses débuts: "Toi, tu portes des poids? Tu peux me soulever alors?"

C'est son père qui, raconte-t-elle, l'a conduite à son premier entraînement. Elle avait 11 ans. Quelques mois plus tard, elle remportait une médaille d'or au championnat national égyptien dans la catégorie des moins de 14 ans, avant de rejoindre l'équipe nationale à l'âge de seulement 13 ans.

Les médailles se sont accumulées depuis - une cinquantaine, dit-elle - dans divers championnats nationaux, régionaux et internationaux, jusqu'aux JO de 2016.

- Surmonter "les difficultés" -

Pour les athlètes égyptiennes, cette victoire a donné "l'espoir de réussir quelles que soient les difficultés", explique à l'AFP l'analyste sportif Mohamed Seif.

Il observe notamment le manque d'intérêt des familles, qui encouragent davantage les garçons dans ce sport, car ils sont jugés plus à même de le pratiquer sur le long terme alors que les filles seront vite occupées par l'étape du mariage.

"Les familles poussent les filles à pratiquer des sports comme la natation ou la gymnastique mais apparaissent plus réticentes pour des activités comme l'haltérophilie et le football", associées dans la culture commune à la gent masculine, poursuit M. Seif.

Avant les JO de 2016, "le nombre de femmes participant aux championnats d'haltérophilie ne dépassait pas 30 ou 40", précise à l'AFP Mohamed Eldib, l'entraîneur de l'équipe nationale d'haltérophilie. "Maintenant, il y a plus de 300 filles inscrites à la fédération" égyptienne d'haltérophilie, se réjouit-il après un entraînement matinal.

L'Egypte n'avait pas remporté une seule médaille d'haltérophilie depuis 1948. La prouesse de Sara Samir en 2016 à Rio a été suivie le même jour par une autre médaille de bronze olympique remportée par Mohamed Mahmoud, par ailleurs triple médaillé d'or aux Championnats du monde d'haltérophilie fin 2017.

- Un modèle –

Avec ce podium olympique, Sara Samir est devenue un modèle: des filles ont commencé à faire de l'haltérophilie, notamment dans sa province natale, explique la championne. "Au début, elles plaisantaient à ce sujet et maintenant elles veulent être comme moi depuis que j'ai gagné la médaille", se félicite-t-elle dans un large sourire.

Sans soulever de fonte, d'autres ont vu dans les performances de cette jeune femme un encouragement à faire du sport.

Cet engouement "me pousse à être meilleure", assure Sara Samir.

Elle a suivi les traces de son frère, qui avait participé à des championnats nationaux d'haltérophilie, et dit avoir aussi été encouragée en voyant d'autres femmes soulever des poids.

Si elle fut la première Egyptienne haltérophile à monter physiquement sur un podium olympique, sa compatriote Abeer Abdelrahman était censée recevoir de manière rétroactive une médaille d'argent aux JO de Londres de 2012 et de bronze aux JO de Pékin en 2008, plusieurs médaillées ayant été déchues de leurs médailles pour dopage.

- "La volonté d'y arriver" -

Concentrée et déterminée, Sara Samir est complètement absorbée par son entraînement lorsqu'elle est en session intensive de préparation, raconte Mohamed Eldib, son coach. "Je la vois seulement au restaurant ou à l'entraînement, je la vois très rarement à l'extérieur de sa chambre. Son esprit n'est qu'haltérophilie", dit-il.

Et comme Sara Samir, les filles haltérophiles "ont un niveau de tolérance plus élevé à l'entraînement que les garçons", ajoute le professionnel.

Parmi elles, Shaimaa Khalaf, 26 ans, médaillée d'argent et de bronze aux Championnats du monde l'an dernier dans la catégorie des plus de 90 kilos. Cette discrète championne vise une médaille olympique à Tokyo en 2020.

Pour Sara Samir, le secret de la réussite se trouve dans la détermination: "Tout dépend de votre volonté d'y arriver."

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