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Missiles russes ou avions américains: Washington durcit le ton contre Ankara

Missiles russes ou avions américains: Washington durcit le ton contre Ankara
Les Etats-Unis suspendent les livraisons d'équipements liées aux avions de chasse F-35 à la Turquie.JACK GUEZ
Russie

Les Etats-Unis ont à nouveau sommé lundi la Turquie de choisir entre le système antimissiles russe S-400 et les avions de chasse américains F-35. Mais cette fois, ils sont allés plus loin en suspendant la livraison d'équipements à Ankara.

"En attendant une décision sans équivoque de la Turquie qui doit renoncer aux livraisons du système S-400, les livraisons et activités associées à la mise en place des capacités opérationnelles des F-35 de la Turquie ont été suspendues", a déclaré un responsable du Pentagone.

"Notre dialogue avec la Turquie sur cette question importante se poursuit", a-t-il ajouté.

Le gouvernement turc a signé un accord avec la Russie pour acheter les S-400, dont la livraison devrait commencer cet été. Mais cette commande empoisonne depuis des mois les relations entre Ankara et Washington, alliés au sein de l'Otan -- et ce regain de tensions intervient à la veille d'une réunion ministérielle dans la capitale américaine pour célébrer les 70 ans de l'Otan.

Les Etats-Unis affirment que ce dispositif russe de défense antimissiles et antiaérienne, ultrasophistiqué, n'est pas compatible avec les équipements de l'Otan. Ils craignent également qu'il ne perce les secrets technologiques de l'avion militaire américain de dernier cri F-35, que la Turquie a également entrepris d'acheter.

Les Turcs envisagent d'acheter cent avions de ce type. Washington a déjà livré en juin 2018 ses premiers F-35, mais ces appareils restent aux Etats-Unis pendant toute la formation des pilotes turcs, un processus qui peut prendre un à deux ans.

Ankara a investi environ un milliard de dollars dans ce programme et toute décision américaine empêchant l'arrivée des avions de chasse pourrait être considérée comme une violation de contrat.

- Dilemme pour Erdogan -

"Les Etats-Unis ont clairement dit que l'acquisition par la Turquie des S-400 est inacceptable", a martelé le porte-parole du ministère américain de la Défense Charles Summers. "Cela met en péril la poursuite de la participation de la Turquie au programme F-35", a-t-il insisté.

"Nous déplorons vivement la situation actuelle dans laquelle se trouve notre partenariat sur les F-35, mais le ministère de la Défense doit prendre des mesures de précaution pour protéger les investissements partagés réalisés dans notre technologie sensible", a-t-il précisé.

Le gouvernement turc a jusqu'ici refusé de faire machine arrière, considérant les S-400 nécessaires pour défendre ses frontières, dénonçant des pressions américaines "contraires au droit international" et réfutant tout risque pour la sécurité des Etats-Unis.

Washington a durci le ton ces dernières semaines: jeudi, des sénateurs républicains et démocrates ont déposé un projet de loi pour bloquer le transfert des F-35 à Ankara tant que le gouvernement américain n'aura pas certifié que la Turquie ne s'équipera pas de S-400.

Saluant la décision du Pentagone, le sénateur démocrate Chris Van Hollen a promis lundi de "continuer à travailler au Sénat pour empêcher" la Turquie d'acquérir à la fois les S-400 et les F-35, au nom de la "sécurité nationale".

Auparavant, dans l'espoir de présenter une alternative, l'administration de Donald Trump avait pré-approuvé la vente aux Turcs de missiles Patriot américains.

La situation est un vrai dilemme pour le président turc Recep Tayyip Erdogan.

S'il va au bout avec la Russie, il pourrait tomber sous le coup d'une loi américaine qui impose des sanctions économiques à tout pays qui conclut des contrats d'armement avec des entreprises russes.

Mais s'il annule le contrat avec Moscou, il court le risque de se mettre à dos un partenaire stratégique en Syrie, et de s'exposer à des représailles économiques russes.

Dans les deux cas, cela tomberait au pire moment pour le chef de l'Etat turc, dont le pays affronte sa première récession en dix ans, ce qui a contribué dimanche à un revers inédit pour son camp aux élections municipales.

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