Mondial-2018: Mario Fernandes, le Russe qui a dit "niet" à la Seleção

Mondial-2018: Mario Fernandes, le Russe qui a dit
Le défenseur d'origine brésilienne Mario Fernandes, avec la Russie face à l'Espagne au stade Loujniki, le 1er juillet 2018Juan Mabromata

Sélectionné avec le Brésil en 2014, Mario Fernandes jouera samedi à Sotchi un quart de finale de Coupe du monde... pour la Russie. Un pays où il est "devenu une autre personne", après avoir notamment surmonté une dépression dans son pays d'origine.

Le seul match de la Coupe du monde qu'il n'a pas débuté, contre l'Uruguay, la Russie l'a perdu (3-0) et son remplaçant, Igor Smolnikov, s'est fait balader pendant 36 minutes avant de recevoir un carton rouge. En seulement neuf sélections, Mario Fernandes, 27 ans et une facilité technique rare dans son équipe, s'est rendu indispensable pour la Sbornaïa.

L'arrière droit a même réalisé contre l'Espagne en 8es de finale "un des meilleurs matchs de sa carrière", si l'on en croit le quotidien russe Sport Express.

Taulier du CSKA Moscou depuis 2012, le destin de Mario Fernandes aurait pourtant dû s'écrire avec le Brésil. C'est avec la Seleção que l'arrière droit né en 1990 à Sao Caetano, dans la grande banlieue de Sao Paulo, a débuté sa carrière internationale à l'occasion d'un match amical remporté (4-0) en octobre 2014 face au Japon.

Ce sera l'unique sélection brésilienne de celui qui, déjà à l'époque, avait fait des appels du pied à la Fédération russe de football (RFS), même s'il lui faudra encore un an et demi avant de recevoir la nationalité russe, en juillet 2016, et encore 18 mois supplémentaires avant d'être appelé par le sélectionneur Stanislav Cherchesov.

"La Russie a changé sa vie. Il dit que sa décision de venir en Russie a été la meilleure de sa vie (...), qu'il a trouvé sa place dans le monde", affirmait la semaine dernière le frère de Mario Fernandes, cité par les médias russes.

Pour le comprendre, il faut remonter au début de la carrière brésilienne de Mario Fernandes. En mars 2009, quelques semaines après avoir été transféré de son club formateur au Gremio (Porto Alegre) pour un million de dollars, le joueur de 18 ans... disparaît.

- "Je buvais beaucoup" -

Il faudra quatre jours de recherches avant que Mario Fernandes ne soit localisé chez son oncle, à 1.000 kilomètres de Porto Alegre. Le jeune joueur n'avait pas résisté à la pression entourant son transfert et sera même hospitalisé un mois, soigné pour dépression.

"Je voulais seulement rentrer chez moi. Honnêtement, je n'aime pas beaucoup parler de ce sujet mais je dirai une chose: ce n'est pas marrant", a plus tard déclaré le joueur russe, toujours réticent à s'exprimer devant la presse.

Une mésaventure similaire lui arrivera en septembre 2011: sélectionné pour un match amical contre l'Argentine, l'arrière droit ne se présentera jamais à l'aéroport. "Il ne se sentait pas à l'aise pour jouer dans l'équipe nationale", justifiera alors son agent Jorge Machado, évoquant des "problèmes personnels".

Au CSKA, Mario Fernandes s'est imposé comme le meilleur arrière droit du championnat russe mais il est surtout "devenu une autre personne", comme il l'expliquait en octobre 2015 au site internet Championat.com.

"Au Brésil, je buvais beaucoup, passais la nuit en boîte, loupais les entraînements. Mais en arrivant à Moscou, j'ai appris qu'il y avait une église brésilienne. Les gens là-bas m'ont beaucoup aidé, j'ai rapidement changé", racontait-il.

En quelques matchs de Coupe du monde, le regard des Russes sur Mario Fernandes aussi a changé. "Si, avant le tournoi, beaucoup se demandaient: +Pourquoi il y a besoin de le naturaliser, il ne parle même pas russe!+, il est peu probable que cette question ait droit de cité aujourd'hui", notait jeudi Sport Express.

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