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Shamima Begum, l'ado londonienne devenue femme de jihadiste

Shamima Begum, l'ado londonienne devenue femme de jihadiste
Shamima Begum, à Londres le 22 février 2015, avant son départ en Syrie pour rejoindre les jihadistes de l'Etat islamique.LAURA LEAN
Syrie

Shamima Begum ressemblait à une adolescente londonienne comme les autres quand elle s'est brutalement enfuie en 2015 en Syrie, à l'âge de quinze ans, pour y épouser un combattant du groupe Etat islamique.

La question de l'avenir de la jeune mère de famille, âgée désormais de 19 ans, représente aujourd'hui un véritable casse-tête. Cantonnée dans un camp de réfugiés du nord-est syrien après avoir fui, comme des centaines de proches de jihadistes de l'EI, les combats dans l'ultime bastion du groupe dans l'est du pays, elle veut revenir au Royaume-Uni mais le ministre de l'Intérieur s'y oppose, invoquant des raisons de sécurité.

Comment cette jeune femme qui s'est exprimé auprès de médias britanniques le visage entouré d'un voile noir tombant jusqu'aux pieds est-elle devenue une paria ?

Shamima Begum est née et a grandi dans un quartier de l'est de Londres, qu'avaient choisi ses parents bangladais, pour la présence d'une communauté musulmane issue du sud-est asiatique.

A l'école, elle avait de bonnes notes et beaucoup d'amis.

"Elle aimait les trucs qu'aiment les adolescents", a déclaré sa sœur Shamima au journal The Telegraph. "Elle regardait +L'incroyable famille Kardashian+ (programme de téléréalité, ndlr)".

Ses meilleurs amis fréquentaient la même école qu'elle. Leurs parents se retrouvaient à la mosquée locale.

"C'était juste notre bébé", a déclaré son autre sœur Renu, à la BBC.

Mais Shamima Begum semble avoir été marquée par la décision de l'une de ses amies de s'enfuir en Syrie en décembre 2014. Les enquêteurs ont établi que Shamima était restée en contact avec elle via Twitter.

Deux mois plus, Shamima et deux autres filles de la même école, Kadiza Sultana, alors âgée de 16 ans, et Amira Abase, 15 ans, dont le sort est aujourd'hui incertain, lui ont emboîté le pas.

- La fuite -

Les trois filles avaient financé leur voyage en "volant des bijoux d'un membre de leur famille", avait raconté l'ex-chef de la police britannique anti-terroriste, Mark Rowley, lors d'une audience devant le Parlement.

Mais des proches ont déclaré que le trio avait certainement dû trouver d'autres sources d'argent parce que leurs bijoux ne valaient pas grand chose.

L'argent qu'elles ont collecté leur a en tout cas permis de payer un passeur qui les a aidées à se rendre en Syrie.

Le trio avait d'abord emprunté un vol Londres-Istanbul puis pris un bus d'Istanbul pour se rendre à Sanliurfa, dans le sud de la Turquie, avant de rencontrer leur passeur.

Selon des médias turcs, l'homme était un agent double de l'EI qui travaillait également comme informateur pour le Canada - une affirmation démentie par Ottawa.

Shamima Begum a fini par s'installer à Raqqa, fief de l'EI, dans le nord de la Syrie. Les trois filles ont toutes été mariées quelques semaines après leur arrivée à d'autres étrangers qui avaient rejoint les rangs jihadistes, Shamima épousant le Néerlandais Yago Riedijk.

Elle a assuré aux journalistes britanniques qui l'ont rencontrée au camp de réfugiés, qu'elle menait une "vie normale", avec "de temps en temps, des bombardements et autres", a-t-elle confié au Times.

Elle a aussi dit ne pas avoir été "du tout troublée" en voyant la "tête coupée" d'un combattant ennemi dans une poubelle.

La jeune femme a expliqué avoir décidé de fuir car elle était enceinte et inquiète pour la santé du bébé, après avoir perdu deux premiers enfants, un de malnutrition et l'autre de maladie.

Ses propos sans fard - elle a notamment qualifié l'attentat de Manchester, qui avait fait 22 morts en mai 2017, de mesure de "représailles" aux frappes de la coalition occidentale contre l'EI - et son absence de regrets ont choqué au Royaume-Uni, divisé sur la réponse à donner à son souhait de revenir au pays.

Le ministre de l'Intérieur Sajid Javid a décidé de la priver de sa nationalité britannique, une mesure qui n'est "pas prise à la légère" a-t-il expliqué au Parlement et qui est destinée à "écarter du pays les individus les plus dangereux", ceux qui "tournent leur dos aux valeurs fondamentales" du Royaume-Uni.

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