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Apaiser Gaza ou ménager les électeurs, le dilemme de Netanyahu

ISRAEL

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis mercredi une "réaction létale" aux groupes palestiniens qui reprendraient les hostilités dans la bande de Gaza, au lendemain d'un accès de tensions dans cette enclave palestinienne éprouvée par les conflits, la pauvreté et les blocus.

Mardi soir déjà, il avait décidé de bloquer une aide de 15 millions de dollars pour la bande de Gaza, en réponse aux hostilités venues de l'enclave et au risque, en pleine période électorale, de ranimer la confrontation avec le Hamas et ses alliés.

Après des semaines de calme relatif, la bande de Gaza a connu mardi des violences ravivant une fois de plus le spectre d'un embrasement.

"Il y en a peut-être à Gaza qui croient pouvoir sortir la tête, je leur conseille de comprendre que la réaction sera létale et très douloureuse", a déclaré M. Netanyahu mercredi.

Des chars positionnés côté israélien ont frappé mardi deux positions militaires du mouvement palestinien Hamas qui gouverne Gaza, en représailles à des tirs contre des soldats déployés sur la frontière. Dans la nuit, des avions de guerre ont bombardé un camp du Hamas.

Un membre des Brigades Ezzedine al-Qassam (branche armée du Hamas) a été tué par un tir de char.

- Appels à la vengeance -

Le corps de Mahmoud al-Nabahine, 24 ans, ceint dans une bannière du Hamas, a été raccompagné chez lui dans le camp de réfugiés d'al-Bureij par une vingtaine d'autres membres des Brigades en uniforme, le visage dissimulé et tirant occasionnellement en l'air avec leurs fusils. Puis des centaines de personnes ont accompagné la dépouille au cimetière au son de haut-parleurs appelant à la vengeance.

Un soldat israélien a été légèrement touché mardi par un tir palestinien. Par mesure de rétorsion, M. Netanyahu a décidé de ne pas autoriser l'acheminement, attendu depuis deux semaines et prévu ce mercredi, de 15 millions de dollars d'aide qatarie dans la bande de Gaza, a indiqué un responsable israélien.

Devant le retard pris dans l'acheminement de l'argent, le Hamas s'est surtout contenté jusqu'alors de distiller les mises en garde indirectes. Reste à savoir combien de temps cela va durer.

Gaza a frôlé en 2018 une quatrième guerre en 10 ans après des mois de manifestations souvent violentes près de la barrière frontalière et plusieurs accès de fièvre entre groupes armés palestiniens et armée israélienne.

Depuis le début, en mars 2018, d'une mobilisation appelée "Grande marche du retour", au moins 244 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens, la grande majorité le long de la barrière, et un certain nombre sous des frappes israéliennes.

Deux soldats israéliens ont été tués depuis cette date.

Israël et le Hamas ont conclu en novembre un cessez-le-feu par l'entremise du voisin égyptien. Mais les tensions demeurent.

Pour apaiser la situation, Israël avait autorisé le Qatar, avec lequel il n'a pourtant pas de relations diplomatiques, à faire entrer à Gaza 90 millions de dollars en six tranches mensuelles pour payer les salaires de dizaines de milliers d'employés du Hamas et aider les pauvres, qui représentent la moitié de la population.

L'émirat du Golfe, acteur primordial à Gaza, est l'un des rares alliés du Hamas.

- Capitulation ? -

Deux premiers versements qataris ont eu lieu en novembre et décembre.

Le coordinateur de l'ONU pour les affaires humanitaires dans les territoires palestiniens, Jamie McGoldrick, a souligné que Gaza attendait le 3e versement. "Les gens veulent que ça se fasse", a-t-il dit à l'AFP.

Le Qatar avait aussi financé l'an dernier des livraisons de fioul ayant augmenté l'approvisionnement en électricité de l'enclave où les coupures sont très fréquentes.

"Je pense que le fioul fourni a été une bonne chose pour (...) toute la population de Gaza", a dit M. McGoldrick.

L'arrangement sur les versements au Hamas a suscité une image peu propice pour le Premier ministre israélien en période électorale: celle de valises de dollars entrées dans Gaza avec l'ambassadeur du Qatar et le feu vert israélien. M. Netanyahu convoite un cinquième mandat de Premier ministre aux législatives anticipées du 9 avril.

Après les violences de mardi, le Hamas a prévenu qu'il n'accepterait "jamais qu'on verse le sang palestinien aux fins de publicité électorale".

L'ancien ministre de la Défense Avigdor Lieberman, qui avait claqué la porte du gouvernement Netanyahu en novembre pour contester le cessez-le-feu avec le Hamas, a estimé pour sa part que bloquer une tranche ne suffisait pas.

"Il faut stopper totalement le financement du terrorisme contre nous", a dit ce partisan d'une opération d'ampleur contre le Hamas.

Simha Goldin, père d'un soldat dont le Hamas détiendrait le corps, s'est dit persuadé que M. Netanyahu laisserait passer l'argent et "capitulerait face au terrorisme".

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