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Viande et musique: les manifestants soudanais fêtent le départ de Béchir

Plats de viande et musique: les manifestants soudanais fêtent mardi le départ du président Omar el-Béchir, devant le QG de l'armée à Khartoum où ils campent depuis des jours pour réclamer une transition vers un pouvoir civil.

Des moutons et des vaches ont été conduits dans un bâtiment proche du complexe militaire pour être abattus. Les morceaux de viande ont ensuite été cuits pour être distribués avec du pain et de l'eau amenés par des camionnettes, a constaté un photographe de l'AFP.

"Nous donnons cette viande aux protestataires. Nous fêtons la chute du dictateur", démis par l'armée jeudi dernier après des mois de manifestations populaires, a déclaré un manifestant.

"Un groupe d'hommes est arrivé ce matin pour tuer les animaux, et ensuite la viande a été répartie dans la foule présente sur ce site, le plus important de la contestation", a ajouté un témoin.

Des milliers de personnes tiennent un sit-in devant le siège de l'armée depuis le 6 avril, dans le prolongement d'une contestation qui agite le pays depuis le 19 décembre.

Les demandes initiales de départ du président Béchir ont évolué en exigence de dissolution du Conseil militaire de transition qui lui a succédé à la tête du pays, et d'instauration rapide d'un véritable pouvoir civil.

"Les gens ont manifesté sans discontinuer, ils n'ont pas pris le temps de fêter la chute de Béchir", affirme Ahmed Nadji, un des contestataires présents sur le site. "Nous avons aussi une soirée musicale en préparation en fin de journée, avec des musiciens soudanais connus", ajoute-t-il.

Omar el-Béchir tenait les rênes du Soudan depuis 30 ans après avoir pris le pouvoir lors d'un coup d'Etat en 1989.

- Slogans révolutionnaires -

Tandis que certains préparent la viande, d'autres, masque médical sur le visage et balai à la main nettoient le site.

Au centre, un groupe d'hommes et de femmes dansent au son d'airs africains joués par des musiciens, tandis que d'autres scandent des slogans révolutionnaires.

Mais les leaders du mouvement soulignent que la "révolution" n'a pas encore atteint ses objectifs. "Oui, nous avons renversé le dictateur, mais ses lois sont encore en place", affirme l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui regroupe plusieurs formations de la contestation, dans un communiqué.

"Il n'y a pas de raison de se réjouir maintenant parce que notre révolution n'a pas encore atteint son but. Nous n'en sommes pas à la victoire", ajoutent les chefs de file de la contestation, en demandant aux participants au sit-in de rester mobilisés.

Le climat avec l'armée s'est d'ailleurs tendu parallèlement au durcissement des revendications des contestataires pour obtenir un gouvernement civil.

Lundi, l'Association des professionnels soudanais (SPA), fer de lance du mouvement de protestation et membre de l'ALC, a dénoncé une tentative de dispersion du sit-in, sans toutefois en identifier les auteurs.

Et mardi, des témoins ont indiqué que plusieurs véhicules transportant des paramilitaires de la Force de soutien rapide avaient été déployés sur un pont reliant Khartoum à la zone du sit-in.

"Il pourrait y avoir une nouvelle tentative de nous disperser, mais nous allons continuer", a promis un manifestant.

Avec la tombée du jour, de plus en plus de manifestants affluent pour ce qu'ils appellent un service de nuit.

A un endroit on a pu voir la foule faire la fête avec un soldat récemment marié et son épouse en costumes traditionnels, rapportent des témoins.

Des manifestants s'emploient à monter une scène pour le concert, tandis que le site est divisé en sections pour accueillir les médecins, la presse, les ingénieurs, les professeurs ou encore les travailleurs Soudanais revenant de pays du Golfe.

"Il y a de l'excitation dans l'air", relève Fadia Khalaf, une guide touristique qui participe au sit-in depuis le début.

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