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Atteint d'une maladie rare, Christian ne trouve plus son antidouleur en pharmacie depuis 2 mois: "Un état de STRESS ingérable"

Atteint d'une maladie rare, Christian ne trouve plus son antidouleur en pharmacie depuis 2 mois:
 
 

Le Valtran est indisponible en pharmacie depuis le 19 novembre. Christian est invalide et pour supporter les douleurs, il a besoin de ce médicament. De nombreux autres malades vivent une situation semblable. En Belgique, plus de 750 conditionnements de médicaments sont en pénurie pour l’instant.

Christian confie sa détresse causée par l’indisponibilité de son médicament, le Valtran en solution buvable. Via le bouton orange Alertez-nous, l'habitant de Huy raconte : "Je suis invalide. J’ai été aujourd’hui dans 15 pharmacies et il n’y en a plus nulle part". Il poursuit: "Je suis très mal, car c’est un médicament que l’on ne peut pas arrêter d’un coup". L’homme se dit désespéré: "Je vais bientôt arriver à la fin de mon stock. Cette situation me met dans un état de stress ingérable. Je n’en dors plus la nuit."

Christian est atteint de la maladie de Friedreich, une maladie neurologique évolutive et rare qui se caractérise notamment par une incoordination des mouvements dans le temps et dans l’espace. Une myopathie (les myopathies sont des maladies touchant des muscles du corps) de la racine pelvienne a également été diagnostiquée chez lui. Elle se manifeste par un développement très faible des muscles du bassin. Le quadragénaire résume : "J’ai des muscles comparables à ceux d’un enfant. Je peux me déplacer mais difficilement. Si je monte un escalier, je suis fatigué comme si j’avais monté la tour Eiffel."

Je peux tenir au mieux jusqu’au 6 février. Ma plus grande crainte, c’est quand il n’y en aura plus du tout, je redoute cet instant-là

Le Valtran est un médicament de la famille des antidouleurs puissants à action centrale. Les prises quotidiennes de cet antidouleur soulagent beaucoup Christian. "C’est terriblement difficile quand on dépend d’un médicament. Les douleurs reviennent de plus en plus vite."

Il est important d'ajouter que ce médicament fait partie d'une famille de médicaments très puissants à base d'opiacés qui peuvent entraîner des problèmes de dépendance qui dans certains extrêmes cas s'assimilent à de la toxicomanie. Dans un article de 2017, le journal Le Soir relayait la mise en garde du service d'évaluation et de contrôles médicaux de l'Inami (Institut National Assurances Maladie-Invalidité) sur les risques de ces médicaments dont la consommation était en hausse constante dans notre pays. Au total, en 2016, 1.186.943 patients s'étaient fait délivrer au moins un conditionnement de cinq opioïdes et le nombre de doses thérapeutiques quotidiennes était passé de 60 à 80 millions. L'Inami dénombrait environ 30.000 gros consommateurs qui nécessitaient une à deux doses quotidiennes et 7000 autres qui dépassaient ces 2 doses.

Pour l’instant, Christian tient plus ou moins le coup: "J’en prends de moins en moins et c’est très très dur". Il a fortement diminué sa dose, il est passé de 35 gouttes toutes les 3 heures à 25 gouttes toutes les 5, 6 heures. Résultat : "Je suis plus vite énervé, je me sens mal dans mon corps. Et la dernière heure, c’est vraiment pénible, comme une sensation de chaud-froid. Je frissonne et je transpire." Il est inquiet pour la suite : "Je peux tenir au mieux jusqu’au 6 février. Ma plus grande crainte, c’est quand il n’y en aura plus du tout, je redoute cet instant-là", souffle-t-il. 

Des indisponibilités à répétition

Ce n’est pas la première fois que le Valtran est temporairement introuvable en pharmacie. C’était déjà arrivé il y a trois, quatre ans. Alors Christian s’est constitué une petite réserve avec son médecin. Mais après plus de deux mois d’indisponibilité, cela devient compliqué : "Je tire sur les bouteilles qui me restent. Ça me pourrit la vie, je ne sais pas me concentrer."

L’AFMPS, l’agence fédérale des médicaments et des produits de santé, tient une liste des préparations temporairement indisponibles. Des informations mises à jour sont directement consultables sur leur site, via la base de données PharmaStatut. On y apprend que le Valtran est indisponible depuis le 19 novembre 2019 et ce jusqu’à la date du 23 mars 2020. Le site propose aussi d’autres informations utiles pour les médecins et les patients sur l’impact attendu de l’indisponibilité.

Concernant le Valtran, on apprend par exemple qu’une adaptation du traitement est possible selon l’agence fédérale. Cela peut-être sous une autre forme pharmaceutique, un autre dosage ou un médicament avec une autre substance active.

Je prends du Valtran depuis plus de 20 ans il ne me donne aucun effet secondaire, c’est pile ce qu’il me faut

Seulement, les adaptations proposées ne conviennent pas à Christian. Il y a par exemple, le Valtran retard, qui est à nouveau disponible. Ce sont des comprimés à libération prolongée. "J’ai déjà essayé et ça ne marche pas pour moi, ça n’agit pas de la même manière", regrette-t-il. "Je prends du Valtran depuis plus de 20 ans il ne me donne aucun effet secondaire, c’est pile ce qu’il me faut. Il y a des cachets plus puissants, mais je ne veux pas être comme un zombie", précise Christian.

Dans tous les cas, Christian devra donc apprendre à faire sans, pendant plus d’un mois : "C’est la première fois que je vais vraiment devoir stopper aussi longtemps". Au pire, il pourra toujours se rendre au Centre hospitalier régional de Huy : "Je devrai aller aux urgences pour avoir une petite bouteille. Mais si je dois y aller tous les trois jours, cela va me coûter un bras." 

765 médicaments en pénurie

Nous avons également pris contact avec le fabricant du Valtran, Pfizer, pour connaître la raison de cette rupture de stock. La firme nous indique qu’il s’agit d’un problème de pénurie de la substance active du Valtran au niveau mondial. "Il en résulte que l'approvisionnement du médicament est régulièrement interrompu. Nous avons connu une rupture de stock en septembre et au début du mois d’octobre, celle-ci a été résolue à la mi-octobre avec l’arrivage de nouveaux stocks. Cependant, nous sommes en effet à nouveau en rupture de stock", déclare Bénédicte Hermans, la porte-parole du groupe.

Les problèmes de pénurie de certaines spécialités pharmaceutiques s’invitent régulièrement dans l’actualité, comme ces derniers mois sur RTL INFO. Fin janvier, il y avait 765 médicaments indisponibles sur le marché belge. A noter qu’une indisponibilité notifiée ne concerne pas toute une gamme mais uniquement un médicament dans un certain dosage et une certaine taille de conditionnement, avec une certaine voie d'administration, et sous une certaine forme pharmaceutique.

D’après l’AFMPS, l’agence fédérale des médicaments, un médicament peut être manquant pour différentes raisons. Il peut s’agir d’une rupture réelle du stock causée par exemple par :

- une indisponibilité d’une matière première (comme pour le Valtran)
- un problème de fabrication
- un problème de qualité
- un problème logistique ou de transport
- un cas de force majeure

Le titulaire de l’autorisation de mise sur le marché du médicament ne peut donc pas livrer les produits.

D’autres cas d’indisponibilité sont causés par le principe du contingentement. Cette pratique appliquée par certaines firmes pharmaceutiques consiste à livrer les stocks de manière contrôlée. Sur base de la consommation de l’année précédente, la firme estime la quantité de médicaments qui doit être produite annuellement pour répondre aux besoins et limite la livraison périodique pour s’assurer que le nombre de lots prévu suffise pour fournir le marché belge tout au long de l’année. Le producteur a donc encore des lots disponibles mais le pharmacien est dans l’impossibilité de le commander via les grossistes-répartiteurs. Cette pratique a été imaginée pour éviter que ces derniers n'organisent une exportation à l'étranger.

Ces cas ne sont en pratique pas notifiés à l’AFMPS car ils durent rarement plus de quatorze jours, ils ne se produisent en général qu’à la fin du mois et le médicament est à nouveau disponible au début du mois suivant. Pour le patient, le problème reste le même, il n’arrive pas à obtenir son médicament, ou le pharmacien doit entreprendre des démarches supplémentaires pour se le procurer.

Il peut y avoir un arrêt de la commercialisation. Une firme peut décider de retirer un produit du marché belge. L’AFMPS n’a pas la compétence de forcer une entreprise à commercialiser un médicament. Cet arrêt de commercialisation peut être temporaire ou définitif.

Un problème de distribution peut également survenir. Dans ce cas, il ne s’agit pas d’une réelle indisponibilité. Le médicament n’est pas disponible dans certaines pharmacies.

Une loi pour lutter contre les pénuries

La pénurie de médicaments est un problème global qui ne touche pas uniquement la Belgique. C’est pourquoi des concertations sont organisées notamment au niveau européen.

Une nouvelle loi approuvée en séance plénière de la Chambre en décembre 2019 vise en outre à éviter les pénuries et à en atténuer les effets.  Les sociétés pharmaceutiques devront signaler plus rapidement et de manière plus détaillée l’indisponibilité d’un médicament. La cause de la pénurie ne devait pas, jusqu’à présent, être mentionnée. Ce sera désormais le cas et cela permettra d’identifier les réelles indisponibilités. Les entreprises devront livrer les médicaments aux grossistes-répartiteurs dans les trois jours. Il sera aussi possible d'interdire ou de limiter l'exportation de médicaments en pénurie. 

De son côté, l’agence fédérale des médicaments met en œuvre toute une série de mesures pour suivre et gérer au mieux ces indisponibilités. Il s’agit de limiter au maximum les conséquences pour les patients.

L’agence rappelle que pour la plupart des conditionnements, la rupture de stock est de moins d’un mois ou il existe au moins trois alternatives ayant la même substance active, les mêmes dosage et voie d’administration et parfois la même forme pharmaceutique.

Dans certains cas précis et quand le médicament est disponible dans d’autres pays de l’Union européenne, le pharmacien peut importer le produit.

Concernant les médicaments dits "critiques" pour lesquels il n’y a pas d’alternatives, une task force, composées d’experts, se réunit pour trouver des solutions et guider les professionnels de la santé.

Dans le cas de Christian, une ou des alternatives satisfaisantes selon les critères établis par l’agence fédérale des médicaments existent. Ces solutions ne conviennent pourtant pas à l’habitant de Huy qui devra prendre son mal en patience. "Je vais réessayer le Valtran retard mais je sais que cela n’aura pas le même effet, donc ce sera l’inconnu", conclut-il.




 

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