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Coronavirus en Belgique - Fermeture des piscines: certains propriétaires tirent des leçons du premier confinement

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Dorothée est propriétaire d'une piscine avec son mari Philippe, dans la province de Namur. Depuis les nouvelles mesures wallonnes, confirmées par une harmonisation au niveau national, la piscine du couple est fermée. C'est la deuxième fois qu'une fermeture obligatoire leur tombe dessus.

L’infrastructure sportive de Dorothée et son mari Philippe est ouverte depuis 5 ans près d’Eghezée dans la province de Namur. Cette année, leur piscine connait sa deuxième fermeture en l’espace de quelques mois : d’abord pendant le confinement en mars, ensuite depuis les nouvelles mesures de confinement partiel décidées en octobre.

C’est une situation inédite pour l’entreprise du couple. "Si vous m’aviez dit que j’allais vivre ça un jour, j’aurais été sceptique", commente Dorothée, qui nous a contactés via le bouton orange Alertez-nous. "Et si en plus vous m’aviez dit qu’on allait vivre ça deux fois sur la même année, je ne vous aurais jamais cru."

D’abord régionales, les mesures de restrictions ont été harmonisées à l’ensemble du pays dans un arrêté royal publié le 28 octobre. Cet arrêté confirme la fermeture des infrastructures sportives en intérieur, à l’exception de celles accueillant des enfants de moins de 12 ans. Cette exception ne s’applique pas aux piscines : celles-ci ferment purement et simplement.

Le pari : une piscine locale, lancée en pleine crise financière

Pour Dorothée et Philippe, l’aventure débute en 2012. "L’idée était de créer un service qui n’existait pas dans la région à l’époque", raconte Dorothée. "On aime ce qui est local, et on voulait installer notre activité professionnelle dans un village de la région."

A l’époque, les conséquences de la crise financière de 2008 sont encore très présentes dans la société, et obtenir un prêt pour ouvrir une telle infrastructure se révèle plus compliqué que prévu. "On a donc dû faire beaucoup de choses par nous-mêmes, pour transformer une ancienne grange en piscine. Ce qui explique qu’on a ouvert en 2015, alors qu’on aurait dû ouvrir bien plus tôt."

Ce couple d’indépendants a très vite récolté les fruits de l’arbre qu’il a planté, puisque les clients étaient au rendez-vous dès l’ouverture du centre, surtout pour les cours de natation donnés aux enfants. Ensuite, les activités de la piscine se sont diversifiées : de la kinésithérapie à l’aquabike, en passant par l’aquagym. "Chez nos clients, la doyenne a 83 ans, elle fait de l’aquagym, justement. Elle nous disait encore récemment qu’elle aimait le côté familial et villageois de notre piscine. C’est d’ailleurs ça qui nous a sauvés pendant le premier confinement."

Un premier confinement inattendu : "Soit on perdait tout, soit on sauvait tout"

"On a appris un jeudi qu’on devait fermer", se souvient Dorothée. "On a donc fermé, de force, le vendredi 13 mars." Un vendredi porte-malheur pour tous les secteurs qui ont été touchés par le confinement : les salles de sport, l’Horeca, et aussi les piscines.

Ça tombait à l'eau, sans mauvais jeu de mots

Très vite, Dorothée et son mari Philippe on dû s’organiser pour sauver leur entreprise : la piscine, c’est aussi leur domicile, puisque l’infrastructure est scindée en deux parties, l’une privée, et l’autre publique. "Soit on perdait tout, soit on sauvait tout. Notre maison en plein travaux, nos enfants, nos projets : ça tombait à l’eau, sans mauvais jeu de mots. On a de la chance d’avoir des enfants qui ont l’habitude de nous voir travailler dur."

Les deux premiers mois ont vraiment été horribles

Durant ces cinq mois de fermeture, ce n’est pas le travail qui a manqué, pour le couple d’indépendants. "Au début, c’était hyper stressant parce que notre banque n’était pas correcte vis-à-vis des reports de crédits. Je dirais que les deux premiers mois ont vraiment été horribles, il fallait faire face à plein de choses. Notre première priorité était le personnel, et aussi les clients. On a une équipe jeune, nos employés ont plein de projets : un premier appartement, une maison, une voiture… on ne pouvait pas les laisser tomber, et je ne pouvais pas les mettre en télétravail."

Heureusement, selon Dorothée, le chômage temporaire les a bien aidés, en de pareilles circonstances. "Et puis pour les clients, on ne voulait pas qu’ils soient perdants, parce qu’on voulait qu’ils reviennent chez nous, et on ne voulait pas que ça les impacte", ajoute Dorothée.

Un deuxième confinement, plus partiel, mais aussi plus flou

La piscine de Dorothée et Philippe a rouvert au mois de juillet, sous le soleil. Les clients, très attachés à l’endroit et ses propriétaires, étaient immédiatement au rendez-vous. "On est une infrastructure privée, on a 5 cabines dans les vestiaires, c’était plus simple pour l’hygiène", remarque Dorothée. "Les clients sont revenus en étant rassurés, puisqu’ils nous voyaient nettoyer tout le temps. On nettoyait tellement qu’on avait les mains extrêmement irritées, on a dû changer de produit."

Dans tous les cas, Dorothée nous explique qu’une piscine est un endroit nettoyé régulièrement, "à grandes eaux", et que l’hygiène y est évidemment un point central de l’organisation. Globalement, la clientèle n’a pas perdu confiance en l’infrastructure, et les rentrées financières ont pu redémarrer.

 On ne savait pas si on devait fermer

Toutefois, l’été terminé, la rentrée et le retour des contacts sociaux plus fréquents ont fait grimper le nombre de contaminations au coronavirus en Belgique. Dorothée, en tant qu’entrepreneure, est restée attentive à l’évolution de la pandémie, et n’a pas hésité à prendre les devants. "Une fois que les chiffres ont augmenté, on a réduit de nous-mêmes le nombre de personnes pour les cours en groupe. Ils étaient 7 à 8, et on a réduit à 6 personnes maximum."

Dorothée et Philippe ont aussi anticipé la fermeture des piscines, quelques mois après la rentrée. La Fédération Wallonie-Bruxelles et la Wallonie avaient annoncé la fermeture des piscines le 23 octobre, en soirée. Cette annonce avait laissé un flou dans l’esprit des deux propriétaires de la piscine. "On ne savait pas si on devait fermer, ou rester ouverts pour les moins de 12 ans. Pour le nouveau confinement, les mesures étaient très floues."

On préfère faire le dos rond plutôt qu’être responsables de la contamination de quelqu’un

Sans réponse claire, Dorothée et Philippe décident tout de même de fermer entièrement leur piscine, estimant que c’était "plus sage". "On en a discuté avec notre personnel, et pour les protéger eux aussi, on a pris la décision de fermer la piscine. Ce n’est pas de gaieté de cœur, ce n’est pas agréable, mais quand on a un minimum de respect pour les gens qui viennent ici et notre personnel, on préfère faire le dos rond plutôt qu’être responsables de la contamination de quelqu’un, qui va peut-être se retrouver en soins intensifs."

"On a pu tirer des leçons du premier confinement"

Pour ce couple, le confinement du mois de mars a été "une très mauvaise expérience, mais aussi une bonne", paradoxalement. "Mauvaise parce qu’on a été pris au dépourvu", précise Dorothée. "Mais bonne, parce qu’on a pu tirer des leçons du premier confinement."

Dorothée a trouvé un second emploi lors du premier confinement, pour sécuriser son établissement, et s’assurer de pouvoir payer au moins les charges liées au bâtiment imposant. "C’est un secteur où on investit énormément, dès le début, pour les infrastructures, et c’est ça qui a été le plus dur. Mais on a trouvé un accord avec la banque jusqu’au mois d’avril pour étaler notre crédit et donc diminuer nos charges. Ça nous permet de tenir."

D'autres dispositions permettront au couple de tenir : les mêmes que celles déjà mobilisées lors du premier confinement. "On a des accords avec notre fournisseur d'énergie, pour chauffer nos bassins, notamment. Ça demande beaucoup d'énergie et on y fait très attention. On a négocié un accord pour revoir nos factures au plus bas pendant les mois de fermeture, et on espère pouvoir remettre ça en place."

S'il y a bien un truc qui caractérise un entrepreneur, c’est sa capacité à rebondir quand il y a des emmerdes

Financièrement, les deux patrons ont aussi prévu le coup. "On a essayé d’anticiper pendant la période d’ouverture pour être préparés à un nouveau confinement et avoir des liquidités sur lesquelles compter au cas où ça nous retombe dessus. S'il y a bien un truc qui caractérise un entrepreneur, c’est sa capacité à rebondir quand il y a des emmerdes, à gérer les imprévus, et ça fait partie du travail d’indépendant."

Quant au personnel de la piscine, il bénéficie à nouveau du chômage temporaire. Dorothée a gardé son deuxième emploi à temps partiel pour s'assurer un revenu minimum. L'entreprise a aussi reçu une aide de la région wallonne à hauteur de 5.000€ lors du premier confinement. "Ce n’est pas magique, pour une entreprise, même si ça peut paraitre énorme. Mais c’est déjà super. Ce qui a été primordial, c’est le report de crédit et le droit passerelle."

Mettre une entreprise à l’arrêt, ça demande énormément de travail. Ce n’est pas du on/off

Le couple espère pouvoir compter à nouveau sur ce droit passerelle, une aide financière pour les indépendants, qui leur a permis de vivre durant le premier confinement. "Le plus dur, finalement, c'est l'inconnu. On peut tenir, mais pas indéfiniment. En tout cas, l'un des enseignements que l'on tire du premier confinement, c'est que mettre une entreprise à l’arrêt, ça demande énormément de travail. Ce n’est pas du on/off."

Une certitude subsiste : Dorothée et Philippe pourront compter sur le soutien de leur fidèle clientèle. Selon Dorothée, de nombreux clients leur ont déjà envoyé des messages de sympathie et de soutien, assurant qu'ils seraient là dès la reprise. "Il faut essayer de tenir le choc, mais c’est clair que c’est un coup dur , ce n'est pas agréable", conclut l'entrepreneure. "Mais d’un autre côté, on a de la chance. J’adore mon travail, et je n’en changerais pour rien au monde."

 




 

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