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Le "pari fou" de David et 4 amis pour sauver Le Grand Bois d'Hennuyères: ils ne disposent plus que de quelques jours

Depuis quelques semaines, le mouvement prend de l'ampleur sur les réseaux sociaux: ils sont aujourd'hui plus de 900 coopérateurs à avoir acheté leur part du Grand Bois. Mais la somme rassemblée est actuellement insuffisante face aux 640.000 euros qu'un acheteur aurait mis sur la table ce lundi.

David, ses 4 amis et plus de 900 coopérateurs parviendront-ils à sauver le Grand Bois Commun d'Hennuyères en rassemblant la somme nécessaire pour son rachat ? Une course contre-la-montre est engagée et sera perdue si la situation n'évolue pas rapidement. En effet, un acheteur potentiel aurait déposé la somme de 640.000 euros hier. C'est plus que la somme déjà collectée par le groupe de citoyens. Il leur reste encore quelques jours. Mais revenons au début de l'histoire que nous raconte David Nerinckx, un des initiateurs du projet.

Il y a quelques mois, 5 amis, amoureux de la nature, découvrent qu'un bois de 80 hectares situé à deux pas de chez eux à Hennuyères (Braine-le-Comte) est à vendre. Ancien site d'exploitation d'argile, la nature a spontanément repris le dessus dans cet espace. Et c'est en boutade qu'un des membres de la bande lance l'idée de l'acheter.

"À ce moment-là, c'est plus de l'ordre de la blague, parce qu'à 5, acheter un bois au prix demandé de 700.000 euros, ça paraissait impossible. Mais au fur et à mesure des discussions, on s'est dit que ce n'était peut-être pas si fou que ça".


Leur force : leur nombre

Rapidement, les 5 amis et leurs proches réalisent que c'est possible, en tentant de s'y mettre à plusieurs… Mais il faudrait être nombreux ! "On a rencontré des gens qui avaient l'expérience de la coopérative citoyenne. On s'est dit : c'est juste un problème d'échelle parce que les outils existent (le principe de la coopérative, de la gestion à plusieurs). C'est juste qu'au lieu de devoir trouver 15, 20, 30 ou 50.000 euros, il faut trouver entre 600 et 800.000 euros", raconte David.

Ils trouvent dans la coopérative le moyen le plus adapté à la mise en route de leur projet, sur lequel ils travaillent avec des objectifs qui s'affinent au fil de leurs rencontres.

"On a rencontré plein de gens par rapport à la préservation de la nature et à la gestion du lieu, explique le co-initiateur du projet. On est sur un bois privé qu'on veut rendre, non pas public, mais commun, mais on voulait aussi préserver la nature. Est-ce que ces deux choses sont conciliables ? On est arrivés à la conclusion que oui, on pouvait préserver la nature, oui, on pouvait amener des gens dedans, et surtout, leur montrer à quel point c'est important de la préserver".


En faire une réserve naturelle

Dans leur projet, on retrouve donc deux aspects. Le premier, c'est la sauvegarde de l'environnement. "On veut en faire un site qui préserve et développe la biodiversité. Pour ça, on voudrait classer, selon nos estimations, 60 à 70% du bois en réserve naturelle", explique David. Pour y parvenir, ils devront obtenir l'agrément de la région wallonne. Ils devront aussi intervenir sur la forêt qui a commencé à "se refermer", faisant disparaître des espèces pourtant très intéressantes pour la biodiversité. Exemple : "Les landes à callunes, qui sont des bruyères sauvages qui poussent dans des sablières. Avec le bois qui s'est refermé au fil des ans, elles ne sont plus présentes. Mais dans le projet, on a l'idée de revenir à l'état d'origine, celui d'il y a 25-30 ans. Ces espèces ne doivent pas être replantées, elles sont conservées dans le sol naturellement. Il suffit de dégager la zone pour qu'elles reviennent naturellement".

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©Maxence Paternotte


Des camps, des classes du dehors, du maraîchage…

Ensuite, dans le projet, il y a aussi la volonté de créer du lien tout en préservant la nature. Leur souhait est d'utiliser les 30 à 40% restants, qui comprennent un champ et deux prairies, pour "développer des activités compatibles avec la préservation de la nature". Du maraîchage participatif est évoqué, des collaborations avec des écoles pour des classes du dehors sont envisagées, ou encore la possibilité d'installer des camps de mouvements de jeunesse durant l'été.

Il existe actuellement dans le grand bois une dizaine de chemins cadastrés à l'atlas des chemins de 1845. "C'est ce qui fait foi en Belgique, explique l'un des 5 amis, qui s'est renseigné. C'est-à-dire que si un chemin est dans cet atlas, normalement, même un propriétaire privé ne peut pas en interdire l'accès".

Ces chemins de balade pourraient donc, moyennant l'autorisation du Département de la Nature et des forêts de la région wallonne, être rouverts au public, qui pourrait ainsi découvrir la réserve naturelle.


"On veut se battre pour la même chose"

Le projet est en constante évolution depuis ses débuts. La seule chose que ne change pas, c'est l'enthousiasme lorsqu'ils en parlent autour d'eux : "C'est un des moteurs du projet, et ça l'a été très tôt, lance David Nerinckx. Pendant les 6 mois où on a rencontré de gens pour tracer le chemin du projet, c'était déjà super. Vous mettez les gens autour d'une table et vous avez tout de suite l'impression d'avoir quelque chose qui a du sens et qu'on veut se battre pour la même chose".


"Un effet boule de neige"

Après avoir pris le temps se recueillir tous les renseignements nécessaires pour établir un projet qui a du sens, au printemps dernier, ils commencent à communiquer sur leur idée. Ils lancent alors le site internet permettant aux futurs coopérateurs de se manifester. Et là, le succès est au rendez-vous.

"Il y a 6 mois, le pari semblait un peu audacieux ou fou. Quand on a lancé le projet, on n'avait pas d'attente particulière, pas de planning, pas la possibilité de dire comment les gens allaient réagir. Donc, c'est organique ce qui se passe. Là, ça fait un effet boule de neige puisqu'au fur et à mesure qu'il y a des gens qui s'engagent, ils en parlent à d'autres personnes, qui en parlent à d'autres. Alors oui, on est super optimistes par rapport à ce qui se passe. Une coopérative qui rassemble plus de 900 personnes en 6 mois avec un projet citoyen et surtout, en ne promettant aucune rentabilité, c'est exceptionnel".

C'est dans cette grosse équipe de coopérateurs que les initiateur du grand bois commun font chercher des forces vives : un juriste pour établir les statuts de la coopérative, une secrétaire pour l'administratif, ou encore des retraités qui ont du temps à donner.

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©Maxence Paternotte

"Au début, on était 5. Aujourd'hui, on a 900 personnes qu'on peut contacter quand on en a besoin. Et ça marche vraiment : chaque fois qu'on a besoin de quelque chose, on interroge ce groupe qui croît tous les jours, et jusqu'à présent, on a toujours trouvé la compétence dont on avait besoin. C'est magique!"

Tous sont animés par cette volonté d'agir pour ce qui sera peut-être bientôt "leur" bois. "On sent que ça a du sens pour plein de gens. On sent que les choses ne vont pas bien, et à notre échelle, qu'est-ce qu'on peut faire ? Il y a des tas de manifs à travers le monde, ça a du sens mais ici, c'est quelque chose de plus concret".

AU moment où nous écrivions ces lignes, 934 coopérateurs s'étaient engagés et la somme de 423.900 euros était atteinte. Les 5 amis restaient optimistes et savent que si un acheteur faisait une offre que le propriétaire acceptait, leur projet tombait à l'eau. Celui-ci s'est engagé à les avertir si cela arrive. Il leur a aussi donné accès à plusieurs reprises au Grand Bois. Les coopérateurs ont donc pu venir sur le terrain lors de deux journées de rencontre.

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©Maxence Paternotte


"Quand des semi-remorques viennent embarquer des arbres, ça dévaste tout…"

Un projet immobilier ne peut normalement pas voir le jour dans ce bois, classé Natural 2000, mais le risque, c'est qu'un propriétaire forestier décide de l'acheter pour en faire un terrain de chasse ou de coupe de bois. Ce qui n'est pas sans dégâts pour la biodiversité et la nature en général.

David habite près du bois de La Houssière (dont fait partie le Grand Bois, même s'il est plus décentré) et il l'a constaté : "Certains propriétaires, quand ils viennent couper des arbres, après, pour que le milieu revienne à son état d'origine, il faut 20-30 ans. Quand des semi-remorques viennent embarquer des arbres, ça dévaste tout…"

Actuellement en Wallonie, 0,89% du territoire est classé réserve naturelle, soit environ 14.972 hectares, selon les données datant de juin 2017. En Flandre, la proportion est de 3%.

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©Maxence Paternotte

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