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Cinéma: "Sous les figues", huis clos tunisien en plein air

"Nos pays sont très beaux mais les gens étouffent à l'intérieur": dans "Sous les figues", la réalisatrice franco-tunisienne Erige Sehiri dresse le portrait d'une jeunesse tunisienne, et plus largement maghrébine, au bord de l'explosion, "empêchée de vivre" par une société qui l'étouffe.

Le film, qui sort mercredi en salles, avait été présenté en mai dernier à la Quinzaine des réalisateurs, un des sections parallèles du Festival de Cannes.

Pour son premier long-métrage, la cinéaste, qui s'était fait connaître par la critique avec son documentaire "La Voie Normale", sur les cheminots en Tunisie, a planté le décor dans un champ de figuiers de la Tunisie rurale, où travaillent majoritairement des femmes.

A la lisière du documentaire, Erige Sehiri filme les visages, jeunes ou moins jeunes, des hommes et des femmes transportés dans une camionnette: direction d'immenses champs de figuiers.

Pourtant, malgré des arbres à perte de vue et le sentiment d'espace et de liberté qui devrait s'en dégager, le spectateur est saisi d'une tout autre impression: celle d'un huis clos oppressant dont ces femmes ne peuvent s'échapper.

"J'avais envie de dire: +Regardez, c'est beau mais c'est tout+. Nos pays sont comme ça, ils sont très beaux mais les jeunes étouffent à l'intérieur", a raconté la réalisatrice à l'AFP lors du dernier Festival de Cannes.

Dans ce film choral -- dont le casting est exclusivement composé d'acteurs amateurs issus de la Tunisie rurale --, les femmes sont traquées, harcelées, certaines échappant de justesse à une agression sexuelle.

L'amour et le sexe sont dans toutes les têtes mais personne n'ose exprimer clairement ses désirs.

"Je voulais aborder le thème du harcèlement sexuel envers les femmes car, même si la question est plutôt prise au sérieux en Tunisie, dans les campagnes, c'est le quotidien des femmes et le silence reste de mise", assure-t-elle.

Telle la cueillette d'une figue, le corps des femmes est prêt à être +cueilli+ par les hommes. Des hommes qui sont, selon elle, aussi dans la souffrance face à l'impossibilité de pouvoir vivre, librement, leur sexualité.

Un film ancré en Tunisie mais qui fait écho à tout le Maghreb, estime la réalisatrice.

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