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Quand Bollywood s'empare de l'opéra français

La recette des films indiens à succès est-elle soluble dans l'opéra classique ? C'est le défi que relève cette semaine à New Delhi le Français Jean-François Vinciguerra qui fait souffler l'esprit de Bollywood dans l'oeuvre d'Adolphe Adam "Si j'étais roi".

Présenté dans le cadre d'un festival culturel français "Bonjour India", cet opéra comique de la veine orientaliste du 19e siècle (1852) se joue à partir de mardi pour trois représentations sous la houlette de la Neemrana Music Foundation, un centre à l'affût des répertoires musicaux liés à l'Inde.

Mondialement connus pour leurs airs chantés, leurs scènes de danse et leurs intrigues sucrées, les films en hindi de l'industrie du cinéma de Bombay ("Bollywood") émeuvent les Indiens depuis des générations.

Or tous ces ingrédients figuraient déjà dans "Si j'étais roi", assure le metteur en scène et baryton Jean-François Vinciguerra. Une authentique aubaine pour attirer le public d'un pays où l'opéra n'en est qu'à ses prémices.

"Il n'était pas question de folkloriser l'ouvrage car il l'était déjà ! L'histoire originale d'Adolphe Adam raconte une belle histoire d'amour à Goa en 1510 avant l'invasion des Portugais", détaille-t-il dans une loge improvisée.

"Si j'étais roi" raconte en trois actes l'histoire d'un pêcheur tombé amoureux de la princesse Nemea, fille du roi Mossoul, après l'avoir sauvée de la noyade. Leur mariage est impossible mais pour une seule journée, le roi consent à lui céder son trône pour qu'il puisse vivre un instant son rêve.

M. Vinciguerra y a aussitôt vu une comparaison troublante avec un film Bollywood de 2001 "Nayak", qui raconte l'histoire d'un journaliste prenant pendant un jour la place d'un ministre dont il avait critiqué l'action.

Bollywood a modernisé le côté baroque et féerique de l'orientalisme français: recours à la vidéo pour l'apparition de la princesse en +fashion victim+ comme les jeunes Indiennes d'aujourd'hui, saris colorés pour les figurants, colliers de fleurs orangées, instrumentistes présents sur scène...

Des scènes de danse classique indienne seront mêlées à de la danse classique occidentale mais aussi à du disco.

L'opéra sera chanté en français, notamment par un choeur d'environ 80 enfants français, indiens et sri-lankais, et sous-titré en anglais tandis que le texte parlé sera dit en anglais par une distribution franco-indienne.

Du côté de la partition, il a fallu trouver des passerelles entre les codes musicaux européens et indiens. Sous la baguette de Pierre-Michel Durand, l'orchestre parisien Prométhée, qui rassemble les meilleurs jeunes virtuoses formés en France, a inclus pour l'occasion dix musiciens indiens.

Jamais donné en France depuis vingt ans, "Si j'étais roi" trouve ici une nouvelle jeunesse dans une ambiance réjouissante à la fois "kitsch et naïve", affirme le metteur en scène qui se dit "touché" par l'implication des artistes indiens pour ce projet.

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