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Berlin envisage un rôle de combat pour ses militaires en Afghanistan

Berlin envisage à mots couverts et sans entrain des missions de combat pour ses militaires en Afghanistan à un moment où l'Otan réclame des renforts et plus de souplesse dans l'utilisation des troupes engagées.

Le débat a pris une tournure très publique après qu'un responsable des questions de défense du parti social-démocrate (SPD), Rainer Arnold, eut affirmé à la presse que des soldats allemands remplaceraient cet été les quelque 240 soldats norvégiens d'une force d'intervention rapide dans le nord de l'Afghanistan.

Pour la plupart des experts et commentateurs l'affaire est déjà conclue.

"Nous n'avons pas le choix. Nous sommes responsables pour le nord de l'Afghanistan et aucun de nos partenaires ne s'est porté volontaire" pour remplacer les Norvégiens, a affirmé au quotidien Passauer Neuen Presse, Bernhard Gertz, responsable de la Bundeswehverband, association qui défend les intérêts des soldats allemands.

L'Allemagne est responsable de cette zone relativement calme où elle a déployé quelque 3.200 soldats dans le cadre de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf), l'alliance de 26 pays impliquée en Afghanistan depuis le renversement des talibans à la fin 2001.

Le porte-parole du ministère de la Défense, Thomas Raabe, a affirmé mercredi: "Aucune décision n'a encore été prise", tandis que le porte-parole de la chancellerie, Ulrich Wilhelm, affirmait que l'Otan déciderait du remplacement des Norvégiens à la fin du mois.

L'Otan, et plus particulièrement Washington, font pression sur l'Allemagne pour qu'elle s'engage davantage militairement en Afghanistan où les talibans reprennent l'offensive.

Le secrétaire d'Etat allemand à la Défense, Christian Schmidt, a estimé jeudi dans une interview à la chaîne télévisée ZDF qu'un débat public sur le remplacement des Norvègiens "n'est pas vraiment une bonne chose" au moment même où l'Otan cherche encore des "volontaires" pour les remplacer.

Cette force est susceptible, selon le général allemand de l'ISAF Bruno Kasdorf, "d'aller là où ça brûle".

Les partis de l'opposition, où les opposants à la présence militaire allemande sont nombreux, ont dénoncé les efforts du gouvernement de coalition visant, selon un porte-parole du parti libéral FDP, Rainer Stinner, "à tromper l'opinion publique" sur la vraie nature de cette force d'intervention rapide.

Pour Winfred Nachtwei (Verts), si les Allemands prennent le relais, le gouvernement doit s'engager à ce que cette force ne participe pas "à des missions offensives" et que ses missions soient limitées au nord du pays.

L'Otan, qui dispose désormais de 42.000 hommes en Afghanistan, réclame actuellement des renforts de 7.500 hommes, notamment pour assurer des missions de combat dans le sud du pays où, selon le secrétaire américain à la Défense Robert Gates, nombre de pays alliés hésitent à patrouiller pour éviter des pertes.

Selon le porte-parole du ministère allemand de la Défense, une force d'intervention rapide basée dans le nord pourrait éventuellement agir dans tout le pays si ses opérations "sont limitées dans le temps et absolument indispensables".

L'ancien inspecteur-général de l'armée allemande, le général à la retraite Klaus Neumann, a estimé pour sa part que de telles opérations, y compris dans le sud du pays, sont absolument nécessaires si l'Allemagne veut se montrer un partenaire crédible.

"Nous devons être prêts à payer le même prix" que les autres membres de la coalition, a-t-il affirmé mercredi devant des experts militaires à Bruxelles.

L'opinion publique allemande demeure toutefois majoritairement opposée aux opérations en Afghanistan où 25 soldats allemands ont perdu la vie depuis la fin 2001, et le gouvernement l'an dernier avait convenu de limiter le déploiement militaire à un plafond de 3.600 hommes.

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