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Le Congolais Germain Katanga, reconnu vendredi coupable de complicité de meurtre et pillage par la Cour pénale internationale, a été un élève prometteur avant de devenir un chef de guerre impitoyable et de gagner le surnom de "Simba", le lion, pour sa férocité.
Un bon élève dans une région rurale très pauvre
Né le 28 avril 1978 à Aveba, localité située à une trentaine de km au sud de Bunia (chef-lieu d'Ituri), Germain Katanga se distingue par ses bons résultats scolaires et fait la fierté de son père infirmier dans une région rurale très pauvre. Lorsqu'en 1999 un conflit foncier dégénère en massacres entre pasteurs hemas et agriculteurs lendu, le jeune Ngiti commence à fréquenter les groupes d'auto-défense ngitis et lendus.
Plusieurs de ses proches sont assassinés: dévoré par la vengeance, il devient Simba, chef militaire des FRPI
"L'intellectuel" mince et élancé, au regard direct, va devenir "Simba", le lion des Ngitis, mû par la vengeance après l'assassinat de plusieurs de ses proches, selon des témoignages recueillis par des ONG locales. Il intègre dès leur création les FRPI et aurait bénéficié de formations militaires en Ouganda, notamment. En septembre 2002, le massacre par les FRPI et leurs alliés de plus d'un millier de civils dans l'attaque de l'hôpital de Nyakunde marque un tournant: Katanga devient le chef militaire incontesté du groupe.
Pendant que le "lion" est en cage à La Haye en Hollande, les FRPI continuent d'exister
Après le transfèrement de Germain Katanga à La Haye, la FRPI, dont plusieurs milliers de combattants avaient été démobilisés et intégrés à l'armée congolaise de 2004 à 2006, a commencé à se reformer fin 2007. Ses effectifs sont estimés aujourd'hui à 500 hommes ou plus. Affaibli par une opération des forces gouvernementales fin 2013, le mouvement continue néanmoins "d'entretenir une zone d'instabilité importante dans le Sud de l'Ituri", note un diplomate à Kinshasa. Il peut compter de plus sur le contrôle et l'exploitation de mines d'or pour ses ressources.
Jugé pour des massacres
Entre fin 2002 et début 2003, Katanga est soupçonné d'avoir "ordonné, toléré ou personnellement participé à des massacres" perpétrés à Bunia, alors occupée par l'Union des patriotes congolais (UPC) de Thomas Lubanga, groupe ennemi de la FRPI, mais aussi à Komanda et Bogoro.
Les troupes de Thomas Lubanga, condamné lors du premier jugement de la Cour à 14 ans de prison pour avoir utilisé des enfants soldats, disposaient d'un camp dans le village Hema de Bogoro mais, selon le bureau du procureur, l'attaque de février 2003 visait "intentionnellement" la population civile.
Selon des témoignages rapportés par des ONG locales, cette bataille a été "sanglante" : "quand ils ont lancé l'assaut, l'UPC a levé le camp en abandonnant des dizaines de civils, des femmes et des enfants, qui ont été massacrés".
Après le déploiement d'une force européenne à Bunia en juin 2003, Germain Katanga se retranche dans ses terres d'Aveba.
Il obtient fin 2004 une promotion au sein de l'armée contre la promesse de démobiliser ses hommes, estimés à environ 3.000, et gagne Kinshasa où il sera formellement arrêté en mars 2005.
