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Les comédies musicales de ces dix dernières années -Rock of Ages, Mamma Mia!, Hairspray, Rent et Spring Awakening- connaîtront-elles autant de succès dans 20 ans que les classiques intemporels de Broadway tels que Porgy and Bess?
"On l'oublie souvent, il y avait de véritable navets", rappelle William Wesbrooks, du département théâtre de l'université de New York dans un entretien avec Relaxnews. Le professeur attribue cette amnésie généralisée à la médiocrité de certaines productions de notre époque autant qu'à la nostalgie. "On a la nostalgie de l'époque de ces grands compositeurs et paroliers, mais il y a de très belles chansons qui sont écrites de nos jours."
Il faut avoir un peu de recul, suggère William Wesbrook. Certaines comédies musicales de notre époque, comme les derniers lauréats des prix Tony Once et Newsies, passeront l'épreuve du temps. Il classe également la pièce Peter and the Starcatchers dans cette catégorie, même s'il ne s'agit pas à proprement parler d'une comédie musicale, car la musique y joue tout de même un rôle considérable.
"C'est le côté divertissant des comédies musicales qui attire le public", suggère William Wesbrooks. Même Les Misérables, en dépit de ses thèmes peu propices à faire travailler les zygomatiques, parvient à divertir le public, qui ressort du théâtre avec un sentiment positif.
William Wesbrooks estime que le langage des comédies musicales permet également de toucher une corde sensible. "Dans les comédies musicales, il y a un côté logique à la communication. Elle passe de la prose au mètre lorsque l'émotion s'installe, avant de passer à la rime." Selon lui, Shakespeare employait la même structure.
Dans les comédies musicales, lorsque le langage s'élève, les personnages expriment leurs désirs. "Je veux que tu me croies, me comprennes, ou je veux que tu m'épouses, en fonction de la quête du personnage", résume William Wesbrooks. La transition vers la chanson se fait de façon naturelle et cela touche une corde sensible chez le public. C'est la différence principale avec l'opéra, où l'on chante parfois avant que ce ne soit justifié, selon lui.
Dans 60 à 70% des cas, on chante pour déclarer sa flamme dans les comédies musicales. La transition vers la chanson exprime alors la passion et paraît légitime. Le public est touché, même si c'est enrobé d'une abondance d'artifices.
En tant qu'ancien acteur, scénariste et metteur en scène, William Wesbrooks s'y connaît. De nos jours, son activité principale consiste à enseigner des techniques théâtrales à des chanteurs, pour leur permettre d'incarner au mieux leurs personnages. La recette s'applique autant aux productions classiques qu'aux comédies musicales contemporaines.
William Webrook a mis le doigt sur la règle d'or pour qu'une comédie musicale reste dans les annales : "Il faut un personnage qui veuille suffisamment quelque chose pour se mettre à chanter son désir".
