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Japon: le sumo groggy par les scandales à répétition

Jeux clandestins organisés par la pègre, descentes de police, annulation de juteux contrats de sponsoring: le sumo, sport ancestral du Japon, traverse actuellement la plus grave crise de son histoire.

Cette discipline, réservée exclusivement aux hommes, observe depuis toujours des rites quasi religieux, avec sa gestuelle, ses codes vestimentaires ou le jet symbolique d'une poignée de sel par chacun des lutteurs afin de purifier le ring avant le combat.

Mais derrière la façade respectable du sport national nippon se cache en fait un monde trouble, où la violence est apparemment monnaie courante et où l'argent sale circule en quantité.

Après de récentes affaires de drogue, d'extorsion de fonds et le décès en 2007 d'un jeune apprenti passé à tabac par ses aînés soi-disant pour l'endurcir, le sumo est aujourd'hui au centre d'une enquête sur les paris clandestins.

"Il traverse en ce moment une phase très dangereuse", estime Doreen Simmons, qui commente depuis des années les tournois pour les programmes en anglais de la télévision publique NHK.

Bien que l'existence de liens entre la pègre et le sumo ne soit pas vraiment une surprise, "le choc vient surtout de l'ampleur avec laquelle les yakuza l'ont infiltré", souligne-t-elle.

"Ils ont choyé les jeunes, les invitant dans les restaurants et les bars, car ce sont les plus vulnérables. Les lutteurs médiocres ne gagnent pas beaucoup d'argent et sont donc tentés par le jeu."

L'Association Japonaise de Sumo (AJS) a révélé qu'au moins 27 lutteurs et entraîneurs avaient reconnu participer à des paris clandestins sur le base-ball. Elle a exclu à vie l'un des plus célèbres sumotori (lutteur) japonais, Kotomitsuki, 34 ans, ainsi que son maître d'écurie, Otake, 42 ans.

Seuls les paris sur les courses de chevaux et certains sports mécaniques sont autorisés au Japon.

En mai déjà, la télévision publique NHK avait découvert, scandalisée, qu'elle avait, sans le savoir, participé à une opération de communication entre des chefs du Yamaguchi-gumi, le plus important gang de yakuza du Japon, et leurs membres détenus derrière les barreaux.

Des responsables d'écuries ont en effet avoué avoir attribué des places au premier rang autour du ring aux chefs mafieux, leur permettant ainsi d'adresser un message silencieux de soutien dans les prisons en apparaissant sur les écrans de télévision.

Le groupe NHK a en conséquence décidé de ne pas retransmettre le tournoi d'été de Nagoya (centre) qui débute dimanche, pour la première fois depuis 48 ans, privant du même coup l'AJS de 500 millions de yens (4,5 millions d'euros) de droits de retransmission.

De grands sponsors ont également retiré leur participation à ce tournoi, parmi lesquels le fabricant d'équipement bureautique Fuji Xerox et le groupe alimentaire Nagatanien. Plus gros contributeur du sumo, ce dernier versait lors de chacun des six tournois annuels, un prix de 12 millions de yens (109.000 euros).

"Les liens entre yakuza et sumo existaient bien avant la Deuxième Guerre Mondiale", rappelle Jake Adelstein, auteur du livre "Tokyo Vice" et spécialiste du crime organisé au Japon.

"Beaucoup de lutteurs ont des +parrains+ yakuza qui leur versent de l'argent sous la table pour compenser leurs maigres revenus, les récompenser en cas de victoire ou les encourager à s'entraîner davantage", ajoute-t-il.

"Il est courant pour les anciens lutteurs de rejoindre la mafia et de travailler comme récupérateur de dettes ou gardes du corps", souligne-t-il. "La police a simplement décidé aujourd'hui de s'y intéresser."

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