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Un pasteur protestant de la Nouvelle-Orléans (sud), dont le nom figurait parmi les inscrits au site de rencontres adultères Ashley Madison, victime d'un récent piratage retentissant, s'est suicidé, a rapporté CNN.
Un milieu intellectuel où les piliers sont Dieu, le mariage et la famille
Loué pour son humour et son esprit d'entraide, John Gibson faisait aussi l'unanimité chez ses collègues du New Orleans Baptist Theological Seminary, une institution quasi-centenaire réputée pour le sérieux de son enseignement. Un milieu intellectuel où les piliers sont Dieu, le mariage et la famille. Mais le pasteur avait des démons peu avouables au sein de sa congrégation, qui l'ont fait céder à l'appel d'Ashley Madison: "La vie est courte. Tentez l'aventure", suggère le sulfureux site, dont la page d'accueil affiche l'image d'une femme à l'index posé sur ses lèvres, semblant ainsi garantir le secret.
Le pasteur a mis fin à ses jours moins d'une semaine après la divulgation de son nom
Seulement voilà, le secret promis par la coquine Ashley a été rompu de façon fracassante, par l'intrusion en juillet de pirates informatiques dans les serveurs défaillants de la société, dont le siège se trouve au Canada. Un groupe se faisant appeler "The impact team" a ensuite publié en août quelque 30 gigaoctets de fichiers contenant des millions de noms, comptes utilisateurs, courriels, etc. Dévoilant jusqu'aux préférences sexuelles de certains utilisateurs! Moins d'une semaine après, le 24 août, John Gibson mettait fin à ses jours.
"Il a mentionné avoir son nom (sur cette liste) et a confié être vraiment, profondément désolé"
Dans un message rédigé avant son geste désespéré, le quinquagénaire a évoqué sa dépression et le fait d'avoir vu son identité apparaître parmi les utilisateurs d'Ashley Madison, a relaté à CNN sa veuve, Christi. "Il a mentionné avoir son nom (sur cette liste) et a confié être vraiment, profondément désolé", a déclaré la femme, en ajoutant que son époux redoutait de perdre son travail.
"Mon père était un homme remarquable. Un homme remarquable avec des démons intérieurs"
La triste fin du pasteur Gibson, fan de mécanique automobile et toujours prêt à dépanner ses copains, contraste radicalement avec son profil public d'intellectuel aimant rire: le professeur avait inventé la "danse Turabian", une chorégraphie humoristique du nom d'une universitaire de Chicago, Kate Turabian, auteure en 1930 d'un très austère manuel de rédaction de thèses académiques... "Mon père était un homme remarquable. Un homme remarquable avec des démons intérieurs. Tout le monde en a. Chacun a ses failles", a lancé Trey Gibson, son fils, lors d'une cérémonie d'obsèques qui a été l'occasion d'une pluie d'éloges pour le pasteur.
En écho aux "bien fait!" d'internautes moralistes ont résonné des critiques virulentes
Le piratage d'Ashley Madison, qui se présente comme le "leader mondial des rencontres extraconjugales discrètes", a fait grand bruit fin août, et pas qu'en Amérique du Nord, notamment en raison de l'apparition de noms de quelques personnalités et du démasquage de milliers d'anonymes qui s'étaient enregistrés sans pseudonyme. Certains connus d'ailleurs pour professer des valeurs de fidélité maritale. En écho aux "bien fait!" d'internautes moralistes ont résonné des critiques virulentes d'Avid Life Media, la société mère établie à Toronto.
3e suicide
Mais la polémique se déroule désormais sur un terrain nettement plus dramatique. La police de Toronto avait déjà estimé que deux suicides, distincts de celui du pasteur, pourraient être liés au piratage du site. Parmi ces deux cas figure un policier de San Antonio (Texas). "La mort du Pr. Gibson est un rappel brutal, bouleversant, que le piratage criminel dont ont été victimes notre société et nos clients a des conséquences bien réelles pour de très nombreuses personnes innocentes", a écrit Avid Life Media, dans un message transmis mercredi à CNN.
Le scandale a déjà entraîné la démission du patron de la maison mère, mais d'autres batailles, judiciaires, liées aux conséquences de la fuite des données personnelles, restent à prévoir.
