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« Parfois ce qu’on considère comme laid est tellement laid que ça devient beau » : connaissez-vous ces trésors cachés de Charleroi ?

par RTL info avec Aurélie Henneton et Amélie Bailly
Toute cette semaine, Charleroi est mise à l’honneur sur bel RTL. De ses friches industrielles à ses murs colorés, la ville se redessine au fil des années. Une ville longtemps moquée, aujourd’hui réinvestie par ses habitants, ses artistes et ses passionnés, dans un esprit libre, décalé et résolument fier de ses racines.

Sur un chemin de halage déserté en bord de Sambre, les chancres industriels sont devenus des toiles à ciel ouvert. Ici, loin du tumulte, les murs de béton attirent les graffeurs clandestins et transforment la zone en galerie. Pour Elnino, artiste carolo, ce lieu incarne tout le potentiel esthétique de la ville : « C’est un des plus beaux terrains de jeu. Des murs à perte de vue, du béton, la tranquillité, un peu d’herbe et des oiseaux. Charleroi c’est très beau mais il faut savoir le regarder. » Une vision qui résume bien l’esprit alternatif d’une ville qui a fait de ses marges un espace d’expression.

La sidérurgie a marqué l’histoire de Charleroi. Aujourd’hui, ses vestiges attirent un tout autre public. Depuis 16 ans, Nicolas Buissart organise des « safaris urbains » à travers les terrils, les friches et les bâtiments oubliés. « Ici c’était quand même la capitale de l’industrie lourde. Il y a un peu des reliques. On vient se prendre en photo près d’une vieille tour de refroidissement, à l’intérieur d’une vieille usine. Parfois ce qu’on considère comme laid est tellement laid que ça devient beau. » Avec plus de 20.000 visiteurs déjà accueillis, cette exploration urbaine dévoile un patrimoine brut, puissant, et fascinant.

Des châteaux et des vitraux : l’autre visage de Charleroi

L’histoire carolorégienne ne se résume pas à l’industrie. Sur un kilomètre à peine, sept châteaux se succèdent. Parmi eux, le château Lambert, devenu un hébergement touristique, rappelle l’âge d’or de la verrerie. « C’était le centre mondial de la verrerie », raconte Arthur Marlier, fils du propriétaire. « Le maître verrier Louis Lambert avait sa propre verrerie dans le fond du jardin. Il y en avait quatre au total dans le quartier Jumet Hamendes. » Les vitraux d’époque, classés, témoignent de cette richesse patrimoniale souvent méconnue.

Le Rockerill, cœur battant de la culture carolo

À la lisière du passé ouvrier, les anciennes forges de la ville vibrent aujourd’hui au rythme de la création contemporaine. Depuis 20 ans, le Rockerill accueille concerts, soirées électros et collectifs d’artistes dans un décor post-industriel. « C’est un lieu de travail au départ », explique Mickael Sacchi, fondateur du lieu. « Même si on a eu quelques ouvriers qui sont venus ici qui ne comprenaient pas qu’on puisse faire la fête. On essaie de montrer une autre image de Charleroi. » Une reconversion réussie, emblématique d’une ville en transition qui préfère réinventer plutôt que détruire.

Une identité carolo qui s’affiche fièrement

À l’entrée de la ville, un « Bisous m’chou » accueille les visiteurs. Une formule à l’image de Charleroi : directe, drôle, et sans détour. Dans les boutiques locales, mugs, bonnets ou t-shirts affichent des slogans typiquement carolos, parfois provocateurs, toujours teintés d’humour. « C’est le côté belge mais à la sauce carolo », sourit Nicolas Gea, gérant d’une boutique dédiée. « On frôle parfois la limite mais on essaie toujours que ça reste du second degré. »

Maintenant, on affirme haut et fort qu’on est de Charleroi

Depuis 15 ans, l’image de la ville a évolué et les carolos sont fiers de l’être. « Avant c’était clairement moins le cas », reconnaît-il. « On a beaucoup d’expériences de clients qui nous disaient qu’en travaillant à Namur ou à Bruxelles ils n’osaient pas trop dire d’où ils venaient. Maintenant on l’affirme haut et fort. »

À Charleroi, l’autodérision est un art de vivre. La ville regarde son passé en face, en tire force et inspiration. Entre graffitis, vitraux, terrils et électro, elle construit une identité unique, alternative et profondément authentique.

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