Accueil Actu

Plus de sept morts par heure au Brésil: voici les solutions radicales du candidat d'extrême droite Bolsonaro

L'éradication de la violence au Brésil a été son grand thème de campagne dans l'un des pays les plus dangereux au monde: Jair Bolsonaro a séduit des dizaines de millions d'électeurs avec des solutions simples et radicales.

La recette de l'ex-capitaine de l'armée, s'il est élu le 28 octobre au 2e tour de la présidentielle, pour lutter contre l'insécurité: libéraliser le port d'arme et ouvrir la voie à des exécutions extra-judiciaires de masse.

La première photo de lui après l'attentat qui a failli lui coûter la vie le 6 septembre l'a montré sur Instagram imitant un revolver avec ses doigts.

Un geste devenu sa signature et copié lors de ses meetings par des Brésiliens se photographiant, tout sourire et avec enfants, devant ses affiches.


"Donner l'accès au port d'arme aux gens bien"

La violence est un fléau pour les 208 millions de Brésiliens: elle a atteint l'an dernier le record de 63.880 morts et, en sept ans a fait plus de tués que la guerre en Syrie.

Comment lutter dans le plus grand pays d'Amérique latine contre une criminalité qui fait plus de sept morts par heure?

"Donner l'accès au port d'arme aux gens bien", répond Bolsonaro.

"Si l'un d'entre nous, civil ou soldat est attaqué (...) et s'il tire 20 fois sur l'assaillant, il doit être décoré et non pas aller devant la justice", a lancé le candidat d'extrême droite lors d'un meeting en août à Madureira.

Un discours simple qui fait mouche pour quelqu'un comme Jamaya Beatriz, une manucure de cette banlieue violente de Rio de Janeiro.

"Je vis dans un quartier dangereux", a expliqué la jeune femme, "si quelqu'un s'introduit chez moi, je veux être capable de défendre mes enfants".


Crimes de haine 

Sara Winter, candidate de droite à l'assemblée nationale, trouve positif que Jair Bolsonaro veuille "armer les femmes pour qu'elles puissent se défendre, augmenter les peines de violeurs et instaurer la castration chimique".

Avec l'attentat, Bolsonaro est lui-même devenu une victime de la violence. Juste avant, il avait appelé à "fusiller" les membres du Parti des travailleurs (PT, gauche) dans un Etat où il faisait campagne.

Beaucoup d'armes circulent au Brésil. Pas seulement celles des narco-trafiquants qui traversent des frontières avec la Bolivie ou la Colombie en forme de passoire, mais aussi des armes vendues au marché noir par des policiers ou militaires véreux.

Mais Bolsonaro l'assure: "Les armes ne génèrent pas la guerre".

L'arrivée de Donald Trump aux Etats-Unis a fait que "les crimes de haine ont considérablement augmenté car les gens qui sont derrière ce type d'action se voient légitimés par une personne comme celle-la", estime Glauber Sezerino, sociologue et coprésident d'Autres Brésils.

Le risque est alors de voir "les réseaux de l'extrême droite brésilienne (se livrer à) des voies de fait contre les populations noires, homosexuelles, transgenres ou même les partisans de gauche", ajoute-t-il.

Bolsonaro a promis une libéralisation du port d'armes. Il pourrait s'inspirer des "Etats-Unis où on peut acheter des armes de petit calibre au (supermarché) Wall-Mart", dit M. Sezerino. Il pourra aussi compter au Parlement sur un lobby pro-armes qui a du pouvoir.


 "Un bon bandit est un bandit mort"

Bolsonaro a également indiqué qu'il allègerait les expertises psychologiques requises avant l'achat d'une arme et réduirait le temps d'attente pour un port d'arme, qui peut parfois prendre un an.

Dans les zones les plus dangereuses, telles les favelas, s'il devient président, celui qui a dit qu'un "bon bandit est un bandit mort" pourra "ouvrir la saison de la chasse" aux criminels, craint M. Sezerino.

Il lui suffira de s'appuyer sur les prérogatives présidentielles pour faire appel à l'armée et aux forces de sécurité nationale.


La voie ouverte à des exécutions extra-judiciaires de masse

C'est la voie ouverte à des exécutions extra-judiciaires de masse, telles celles que l'on voit par milliers aux Philippines au nom de la lutte antidrogue du président Rodrigo Duterte et pour lesquelles aucun policier n'a été poursuivi.

Au Brésil, la police a déjà la gâchette facile et ne rend guère de comptes non plus, comme l'a déploré Amnesty International: elle a tué l'an dernier 5.144 personnes lors d'opérations, un chiffre en hausse de 20%.

Mais la violence n'est pas seulement urbaine dans cet immense pays.

Pour Bolsonaro "les grands propriétaires terriens doivent avoir un accès plus facile au port d'arme pour faire face au mouvement des paysans sans terre" revendiquant des terrains, comme les indigènes, ajoute M. Sezerino."On expulsera les gens qui occupent" des propriétés. Par la manière forte.

À lire aussi

Sélectionné pour vous