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Le Pays basque espagnol attend la fin de l'ETA pour alléger la sécurité

Habitués à vivre sous la menace d'attentats et d'extorsions, élus, magistrats ou entrepreneurs du Pays basque espagnol ont accueilli sans conviction la trêve observée par l'ETA et attendent un arrêt définitif des violences pour alléger leur sécurité.

"Je garde le fusil accroché au-dessus du lit, comme les Siciliens": pour Joseba Marcaida, la trêve imprécise annoncée par le groupe armé indépendantiste en septembre n'a fait que détendre l'atmosphère, sans rien changer sur le fond.

Tout comme 1.300 autres personnalités locales, cet ex-conseiller municipal qui préside l'association "Zaitu", rassemblant les personnes menacées par l'ETA, continue d'être accompagné de gardes du corps armés dès qu'il met le pied dehors.

"Cela fait 12 ans que je vis sous escorte. C'est une restriction de liberté, je ne peux pas faire un pas sans garde", explique-t-il dans les locaux de son association à Bilbao.

"La menace est aujourd'hui moindre", reconnaît-il. Mais l'idée d'abandonner les gardes du corps laisse "sceptique" M. Marcaida, qui a du mal à oublier les quatre tentatives d'incendie de sa maison et les "kilomètres" de graffitis menaçants à son encontre, tracés sur les murs de son quartier.

Le journaliste basque Gorka Landaburu, victime en 2001 d'un colis piégé de l'ETA qui l'a amputé de plusieurs doigts, reconnaît vivre aujourd'hui "plus tranquillement qu'il y a quelques mois", sans pour autant "baisser la garde" et toujours escorté de deux gardes du corps.

Effet conjugué de la crise économique et de la pause de l'ETA, dont le dernier attentat sur le sol espagnol remonte à août 2009, le gouvernement régional a annoncé une baisse de 10% de son enveloppe 2011 pour la protection des "personnes menacées", avec 88 millions d'euros.

Mais le responsable de l'Intérieur au gouvernement basque, Rodolfo Ares, s'est engagé à "faire plus avec moins" d'argent, gardant à l'esprit que parmi les dernières victimes de l'ETA figurent, en 2008, un élu local socialiste et un entrepreneur qui n'avaient pas de garde du corps.

Le récent vol en France de matériel pour fabriquer des pièces d'identité, par un commando présumé de l'ETA, démontre que l'organisation "n'a pas décidé de cesser son activité", a averti M. Ares en invitant à la plus grande "prudence", alors que des entrepreneurs continuent de recevoir des lettres réclamant le versement de "l'impôt révolutionnaire".

Interrogés par l'AFP, les services de M. Ares ont refusé de donner le moindre détail sur le dispositif de protection aux personnes menacées, invoquant la "discrétion absolue" devant entourer le sujet.

Le journaliste spécialiste de l'ETA Florencio Dominguez évoque un "réajustement des niveaux de protection" ces derniers mois, face à un dispositif "énorme", "coûteux" et qui n'avait pas été actualisé depuis des années.

Quelques responsables ont renoncé d'eux-mêmes aux gardes du corps, mais plus par choix personnel que par sentiment d'être désormais en sécurité.

Ex-dirigeant de l'organisation patronale basque Adegi, José Maria Ruiz Urchegui a ainsi annoncé qu'il faisait ce choix parce qu'il était "exténué" de "l'entrave à la liberté" que cela supposait.

Plus discrètement, un universitaire basque confiait à l'AFP avoir renoncé à ses gardes bien qu'ayant figuré à deux reprises sur la liste des cibles du groupe qui, en plus de 40 ans d'attentats, a tué 829 personnes.

"Cela me paraissait exagéré qu'on puisse me viser, moi, alors qu'il y a tellement de personnes plus engagées et importantes. Beaucoup d'autres ont eu cette même réflexion et pour certains, cela a mal fini", déclarait-il.

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