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Ludovic Tézier, baryton français par excellence

Le barytorn Ludovic Tézier a presque le don d'ubiquité: il s'apprête à chanter à Paris deux rôles dans une même production du "Werther" de Massenet, un défi qui n'effraie pas ce haut représentant de l'école française de chant, acclamé de Vienne à New York.

L'agenda parisien de ce jeune "quadra" dit à quel point il est courtisé. Après une apparition dans "Lelio" de Berlioz sous la baguette de l'Italien Riccardo Muti au Théâtre des Champs-Elysées jeudi soir, l'Opéra Bastille l'attend dès samedi.

Ludovic Tézier y assumera deux séries de représentations. Par six fois (28 février, 3, 6, 12, 15 et 18 mars), il incarnera Albert dans "Werther". A quatre autres dates (9, 22, 24 et 26 mars), il sera son rival dans le coeur de la belle Charlotte en interprétant le rôle-titre dans sa rarissime mouture pour baryton, qui n'a jamais été donnée en version scénique à Paris.

Etre Werther est un bonheur pour ce chanteur qui, en tant que baryton - à l'opéra, celui qui "empêche la soprano de coucher avec le ténor", disait George Bernard Shaw -, n'a pas l'habitude de jouer les jeunes amoureux. D'autant que la version baryton impose un "autre climat" que celle pour ténor, estime Ludovic Tézier dans un entretien à l'AFP.

"Le Werther baryton est beaucoup plus ombrageux, plus proche du romantisme allemand. C'est une sorte de +jeune vieux+ revenu de tout beaucoup trop tôt", dit l'artiste d'une voix parlée aussi bien timbrée que la chantée, et rehaussée d'une pointe d'accent qui renvoie à ses origines marseillaises.

Né dans la cité phocéenne, Ludovic Tézier y a suivi la formation du Centre national d'insertion professionnelle d'artistes lyriques (Cnipal), qui préparait alors à l'entrée dans les choeurs d'opéra. Lui qui a commencé le chant "par hasard" à 18 ans n'aurait pas été frustré d'être simple choriste. "C'est la meilleure place dans le théâtre: on est mieux placé qu'au premier rang de la salle, on est à côté des solistes", s'amuse-t-il.

Sa voix lui ouvrira les portes de l'Ecole d'art lyrique de l'Opéra de Paris, avant cinq années cumulées en troupe à Lucerne (Suisse) puis Lyon, expériences précieuses pour apprendre le métier.

Depuis, Ludovic Tézier étoffe son répertoire à raison de trois prises de rôle en moyenne par an, avec prudence. "Je n'ai que deux cordes vocales, j'y tiens comme à la prunelle de mes yeux, ma vie en dépend", dit-il.

"La qualité du chant ne requiert pas seulement une hygiène de vie mais une manière de penser la vie. Cela correspond à ce que musicalement on appelle le legato: il s'agit de rechercher la maîtrise, quelque chose de concentré, fluide", poursuit-il.

Voix sans scories, Ludovic Tézier s'attire moins de louanges sur le plan scénique, où la critique lui reproche parfois son statisme.

"Je n'offre pas forcément un jeu de scène. Pour moi, l'opéra passe énormément par la musique, les mots, la capacité à les exprimer et en même temps à s'effacer derrière son personnage: je préfère faire Werther qu'un +Ludovic Tézier show+", explique-t-il.

Le chanteur n'avoue pas de regrets, seulement un amour immodéré pour l'opéra, son "monde", son "fantasme". Mais il se montre soucieux quand il évoque "les lettres de noblesse du chant français", fondées sur "la diction, pas le volume sonore", une exigence parfois oubliée.

"L'enseignement du chant en France est dans un état un peu déplorable, on s'est perdus", déplore-t-il.

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