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Le terroriste vénézuélien Carlos a demandé jeudi en référé à un tribunal parisien, via son avocate et épouse, de lui accorder un droit de regard sur un film retraçant sa vie que compte diffuser Canal+, demande jugée "aberrante" par la partie adverse.
L'ordonnance sera rendue le 8 avril.
Ilich Ramirez Sanchez, alias Carlos, avait déjà assigné Canal+, ainsi que la société productrice du film, Film en Stock, devant le tribunal de Nanterre, au motif que Canal+ a son siège dans les Hauts-de-Seine.
Le juge de Nanterre s'était déclaré incompétent, constatant que Canal+ n'avait fait que conclure un contrat de pré-achat des droits de diffusion, et avait renvoyé le dossier à Paris, où est basée la société Film en Stock.
A l'audience de jeudi devant le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris, Me Isabelle Coutant-Peyre, avocate et épouse de Carlos, a de nouveau demandé le droit de visionner la +copie master+ du film "dès qu'elle sera prête", afin de pouvoir faire des "observations".
Il ne s'agit pas d'"une demande de censure ou d'interdiction", a souligné l'avocate, mais du "respect de droits" tels que le droit à l'image et la présomption d'innocence, certaines affaires évoquées par le film devant prochainement faire l'objet de procès.
Elle soupçonne le film d'être "un film de propagande à charge", et a relevé une contradiction, à ses yeux, dans la présentation qui est faite de l'oeuvre à venir: une "fiction", mais s'attachant à la "véracité des faits".
"On nous dit que Carlos, fût-il le pire des terroristes, a les mêmes droits que tout le monde; on ne dit pas le contraire, mais il demande plus de droits que tout le monde!", a rétorqué Me Richard Malka, avocat de Film en Stock.
"Personne n'a jamais obtenu satisfaction sur le terrain du contrôle préalable", a-t-il poursuivi, "on n'attaque pas une oeuvre avant sa diffusion (...) la jurisprudence est très claire pour écarter ce genre de demande".
"Cela n'a aucun sens, c'est comme si pour faire un livre sur Ben Laden il fallait son accord", a-t-il poursuivi, en invoquant le "principe constitutionnel de la liberté d'expression".
Le film, en trois parties de 90 mn, est réalisé par Olivier Assayas, qui a travaillé notamment avec Dan Franck, co-scénariste. Il est en cours de finition mais n'est pas encore programmé, ont indiqué les avocats de Canal+ et Film en Stock.
Capturé en 1994 à Khartoum (Soudan) par des policiers français de l'ex-DST (contre-espionnage), Carlos, âgé de 60 ans aujourd'hui, avait été condamné en 1997 à perpétuité par la cour d'assises spéciale de Paris pour le meurtre en 1975 de deux policiers du contre-espionnage français et d'un indicateur à Paris.
En octobre 2008, la cour d'appel de Paris a également confirmé son renvoi devant la cour d'assises spéciale pour une série d'attentats commis en France en 1982 et 1983.
