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Deux semaines après le séisme et le tsunami qui ont ravagé le nord-est du Japon, une quinzaine de Français résident toujours à Sendai, mais ils se demandent désormais si la radioactivité n'aura pas raison de leur fidélité à cette vaste cité de la préfecture de Miyagi.
"J'étais allée conduire mon mari au port d'Ishinomaki pour un rendez-vous. Le tremblement de terre nous a surpris à peine arrivés. Avant même les alertes officielles, un des ouvriers, qui avait vu la mer se retirer, a tout de suite hurlé à tout le monde de se sauver, prévoyant l'arrivée d'un raz de marée", raconte Virginie Mens, une des rescapées du tsunami du 11 mars.
"Nous nous sommes échappés dans la montagne en voiture, et la déferlante est arrivée. Nous avons passé la nuit dehors, devant des feux de bois", poursuit-elle.
Florence Otsuki, Française installée à Sendai depuis 27 ans, affirme quant à elle avoir dormi dix nuits dans la voiture, car sa maison est marquée d'une étiquette jaune, "ce qui signifie qu'on peut éventuellement l'habiter mais qu'elle est dangereuse. Certaines fenêtres ne ferment plus, il y fait très froid", précise-t-elle.
"Même si on n'a pas d'essence et que les gens sont obligés de faire la queue des heures à la pompe, la vie reprend à peu près son cours et la région se remettra du séisme", enchaîne David Devilliers, 35 ans, dont onze passés au Japon.
Aujourd'hui, pour Virginie, Isabelle, David et les autres Français de Sendai qui n'ont pas fui après la catastrophe, la vie quotidienne reste angoissante.
Leurs tourments ne viennent pas tant de la hantise des répliques que des incertitudes concernant les radiations émanant de la centrale nucléaire de Fukushima dont les réacteurs endommagés menacent la région.
"J'ai la chance d'avoir un travail, mais comme j'ai des enfants en bas âge, s'il y a un réel danger à cause de la radioactivité, il est peut-être plus sage de quitter la région", confie M. Devilliers.
Sendai est à 80 kilomètres des installations nucléaires saccagées par une série d'explosions et d'accidents consécutifs au séisme.
"Cette zone est potentiellement contaminée, il faudra la contrôler. En attendant, il est nécessaire de prendre un certain nombre de précautions, comme éviter la pluie, nettoyer avec des éponges humides des objets que l'on manipule", explique Olivier Isnard, expert français de l'Institut de radioprotection et sûreté nucléaire (IRSN).
"Je ne sais pas ce que nous ferons. J'enseigne le français et l'anglais par cours particuliers, mais aujourd'hui je n'ai plus de travail, alors si la situation empire du côté de la centrale, je pense que nous devrons partir", renchérit Benoist Lanoë.
Shinano Miyazawa, née de mère française et de père nippon, qui ne parle que japonais, n'a "pas non plus trop peur des séismes ni des tsunamis puisque le plus violent semble passé" et qu'elle est "toujours en vie."
Mais plus encore que les adultes, et à juste raison, cette fillette s'inquiète de l'accumulation de radiations à son âge, alors qu'elle est censée avoir encore de nombreuses années devant elle.
"J'ai 11 ans, mon objectif est de vivre jusqu'à 123 ans pour battre un record. Alors si l'on me dit que je risque d'avoir un cancer dans 30 ans à cause de la radioactivité, eh bien mon but ne pourra pas être atteint", explique la fillette.
"Les enfants sont les êtres les plus radio-sensibles, en d'autres termes, les doses qu'ils reçoivent maintenant auront un effet sur l'ensemble de leur vie", confirme M. Isnard.
