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Les rebelles poursuivent leur guerre de mouvement au Tchad

Les rebelles ont continué ce lundi leur guerre de mouvement en prenant Biltine, à 100 km d'Abéché, la capitale de l'Est tchadien, refusant toutefois des affrontements réels avec l'armée et sans inquiéter outre mesure les autorités de N'Djamena.

"Biltine est entre nos mains depuis quelques minutes, il n'y a pas eu de résistance", a indiqué Ali Gueddei, porte-parole de l'Alliance nationale -- regroupant les diverses factions rebelles --, joint par téléphone depuis N'Djamena.

"Les armées tchadiennes ne nous attendent pas", a-t-il poursuivi, indiquant que la ville n'était pas défendue.

"Notre stratégie n'est pas de garder la ville", a souligné le porte-parole, promettant: "Mongo (ville du centre du pays à 400 km à l'est de N'Djamena) va tomber dans quelques heures, vous verrez".

Dimanche, la rébellion s'était emparée d'Am-Dam, situé à 200 km à l'est de Mongo, après avoir occupé brièvement samedi Goz Beida.

A chaque fois, les rebelles semblent prendre les villes sans grands combats mais à grands renforts de publicité.

"Actuellement, notre tactique est de déployer les troupes gouvernementales sur une zone plus vaste. Ce sont de véritables course-poursuite", explique Abderaman Koulamallah, autre chef rebelle ayant participé à l'offensive de février qui avait atteint N'Djamena et avait été à deux doigts de renverser le président Idriss Deby Itno.

"Les combattants veulent amener (l'armée) le plus loin possible de leurs bases, parce que dans ce cas leurs chars ne peuvent pas suivre. Nous n'avons pas intérêt a attaquer les garnisons qui sont bien défendues. Cela ne sert à rien", a-t-il poursuivi.

"A un moment, il faudra attaquer. Si on subit beaucoup de pertes, on n'ira pas à N'Djamena", a encore expliqué M. Koulamallah.

"On est parti pour faire une longue guerre. On est suffisamment outillé pour le faire et rester longtemps au centre du pays. On a tous les moyens pour le faire", a ajouté M. Koulamallah, actuellement en France.

A N'Djamena, les autorités insistent sur le fait que l'armée a la situation bien en main. Une source de haut rang a affirmé lundi à l'AFP: "Il n'y a aucune nouveauté sur le plan militaire. C'est le même groupe qui tourne en rond d'un coin à l'autre".

Une source militaire a précisé que "le groupe (rebelle) a éclaté en plusieurs colonnes dont on a du mal a évalué le nombre de véhicules. Aucun accrochage n'a eu lieu depuis la prise de Goz Beida samedi, les rebelles évitent la confrontation".

Dimanche soir, le ministre de la Communication tchadien Mahamat Hissène, également porte-parole du gouvernement, estimait: "Nous sommes sereins" en soulignant que les rebelles "tentent (...) de faire sortir l'armée (tchadienne) de ses positions (...) L'armée déploie son plan".

Sur le plan diplomatique, les rebelles ont aussi lancé une offensive de charme. L'Alliance nationale a "exprimé ses regrets face à l'épreuve subie par les ONG lors de la chute de Goz Beida" qui a connu des pillages et les a "encouragées à mener à bien leur mission au Tchad".

Elle a également accueilli "avec satisfaction" les déclarations du ministre des Affaires étrangères français à Abidjan, qui a affirmé que la France "n'interviendrait plus". L'Alliance a appelé à la France à la "stricte neutralité", lui redemandant de cesser "ses survols" de renseignements au profit de l'armée tchadienne.

L'Union Africaine (UA) a toutefois "fermement condamné" l'attaque rebelle" qui "contrarie gravement les efforts actuellement en cours visant, d'une part, à relancer le processus du dialogue intertchadien, et, d'autre part, à promouvoir la paix et la stabilité dans la région".

Le Tchad accuse le Soudan de pousser les rebelles à la guerre pour le déstabiliser. Les deux pays s'affrontent depuis des années par groupes rebelles interposés.

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