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Pour Richard Descoings, le directeur de Sciences-Po, la réforme du lycée est une "étape positive"

Le directeur de Sciences-Po Paris, Richard Descoings, estime dans un entretien à l'AFP que la réforme du lycée qui se met en place marque "une étape positive", mais il plaide pour qu'à l'avenir les questions d'éducation soient tranchées au moment des élections.

Pour la parution le 30 août de son livre "Un lycée pavé de bonnes intentions", celui qui a effectué au premier semestre 2009 un tour de France des lycées (80 établissements visités, 7.000 élèves, professeurs et parents rencontrés) afin de préparer pour le gouvernement la réforme du lycée, s'attache à définir ce que serait un lycée plus juste.

Q: "Un lycée pavé de bonnes intentions", pourquoi ce titre?

R: Les principales évolutions mises en oeuvre ces 30-40 dernières années pour le lycée sont parties de très bonnes intentions. On peut citer la création du bac professionnel au milieu des années 1980 ou la volonté de démocratiser l'accès au lycée avec la loi de 1989. Pourtant, quand on parle du lycée, certains ont des mots très durs, comme s'il y avait eu une volonté de lui porter atteinte. Et il n'y a aucun consensus sur ce que vaut le lycée ou sur ce qu'on en attend.

Q: Vous parlez ainsi d'un "malaise à tous les étages".

R: Oui, alors que jamais autant de jeunes ont réussi à aller au lycée, il y a un malaise des lycéens, qui s'est exprimé ces dernières années par plusieurs manifestations, que les gouvernements soient de droite ou de gauche. Il y a aussi une angoisse des parents d'élèves dans tous les milieux sociaux. Et puis du côté des professeurs, on ne peut pas dire qu'il y ait un sentiment de bonheur très développé!

Q: Que pensez-vous de la réforme du lycée qui se met en place cette année?

R: C'est une étape positive. C'est une bonne réforme. Ses grandes lignes ont été présentées comme centrales par à peu près tous les lycéens et parents rencontrés pendant ma mission: une meilleure orientation, c'est central, proposer un accompagnement individualisé pour faire au lycée le travail qui se fait habituellement à la maison, c'est décisif. Si cette réforme est effectivement mise en oeuvre, c'est du solide et du sérieux.

Q: Pour autant, "il reste du chemin à parcourir", selon vous?

R: Il faudrait opérer une double révolution copernicienne. D'abord, se focaliser sur l'école et le collège, car c'est là que tout se joue. Ensuite s'occuper et redorer l'image des lycées professionnels et technologiques, qui comprennent environ la moitié des lycéens.

Q: Au-delà, vous plaidez pour un débat au moment des élections?

R: Quand on regarde les campagnes électorales pour la présidentielle de 2007, 2002, 1995, les sujets d'Education, qui concernent des millions d'électeurs, ont été relativement peu traités. Je pense que ces questions font la cohésion sociale et la prospérité économique d'un pays. Si on veut qu'une réforme importante, forcément compliquée à mener, soit appliquée, il faut que son contenu ait été débattu auparavant.

Q: Quelles questions faudrait-il trancher?

R: Celle de la charge horaire (excessive) d'enseignement des lycéens. Actuellement qui, chez les adultes, accepterait un emploi du temps aussi long et +mité+ que celui des lycéens? Ensuite, il est nécessaire d'avoir un débat sur la nature et le temps de service des enseignants. Enfin, il faut donner de la liberté aux équipes pédagogiques.

"Un lycée pavé de bonnes intentions" - Richard Descoings avec la collaboration de Cyril Delhay - 255 p - Robert Laffont - 18,05 euros)

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