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Un accident mortel de la route sur trois est lié à la somnolence au volant, un problème complexe et difficile à régler mais qui pousse les sociétés d'autoroutes à engager un intense lobbying auprès des pouvoirs publics.
La somnolence, "c?est un peu le parent pauvre de l?accidentologie car il est à la fois difficile à cerner et difficile à combattre" et peut parfois "provoquer simplement la résignation", résume le professeur Claude Got, expert en sécurité routière.
Cette proportion d'un tiers d'accidents mortels liés à l'endormissement est la même sur les routes et les autoroutes.
Mais "contrairement aux idées reçues, les accidents mortels dus à la somnolence se produisent majoritairement sur des trajets en ville (54%), lors de trajets courts (85%)", détaille l'association des sociétés françaises d'autoroute (ASFA) dans un communiqué.
Plus inquiétants encore sont les résultats d'une enquête de l'AFSA en 2007 auprès de 40.000 conducteurs français: "30% d'entre eux déclarent avoir conduit en état de somnolence au moins une fois dans l'année et 3% au moins une fois par mois".
Le nombre exact de décès directement dus à la somnolence reste néanmoins difficile à établir, selon le Pr Got. Une chose est sure: si la proportion reste à peu près la même depuis plus d'une décennie - "elle a même augmenté légèrement ces dernières années" -, "le nombre de morts en valeur absolue dus à ce facteur s'est effondré" en même temps que le nombre total de morts sur la route (4.273 en 2009), assure le médecin.
"Sur l'alcool, c'est très documenté car il est dosé" dans le sang, explique le Pr Got, mais c'est nettement plus complexe lorsqu'il s'agit de déterminer si oui ou non il y a eu somnolence, ou plus largement "hypovigilance", selon le terme de Jean Mesqui, le délégué général de l'ASFA.
M. Mesqui a rencontré mercredi la déléguée interministérielle à la Sécurité routière, Michèle Merli, pour lui exposer les propositions des sociétés d'autoroute visant à lutter contre la somnolence (31% des accidents sur autoroute en 2009, selon l'ASFA).
"C'était globalement très positif. Mme Merli a reconnu le problème posé par la somnolence et l'hypovigilance, qui inclut la somnolence, la distraction (regarder son portable, une carte, se perdre dans ses pensées...)", s'est félicité M. Mesqui.
L'ASFA a fait des propositions: renforcer les sanctions "lorsque la conduite en état de somnolence est avérée", introduire dans la formation au permis de conduire "la notion de somnolence" et illustrer "sa gravité" (comme pour l'alcool), sensibiliser les "milieux médicaux sur les conséquences de certaines pathologies et traitements (apnées du sommeil, insomnies)"...
Tout cela peut se faire en modifiant le code de la route, plaide M. Mesqui, et "les articles du code que nous visons sont modifiables par décret. Ca peut se faire vite (...) Mme Merli a dit que ce sera pour début 2011".
Cette dernière n'a pu être jointe par l'AFP.
La présidente de la Ligue contre la violence routière, Chantal Perrichon, dit espérer "qu'il y aura un suivi là-dessus", même si elle ne voit pas de solution facile au problème à part "des campagnes de prévention et d'information".
Même son de cloche du côté du Pr Got: "c'est un problème multifactoriel. On a une baisse considérable de la mortalité sur autoroute, mais les facteurs de risques restent à peu près les mêmes, en proportion: un peu moins la vitesse, un peu plus la somnolence, un peu plus l'alcool".
Tous les experts se rejoignent sur un point: en cas de somnolence au volant, l'idéal est de s'arrêter pour dormir.
