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Les marchés financiers rebondissaient mardi, après plusieurs journées noires, une chasse aux bonnes affaires l'emportant provisoirement sur la peur d'une crise économique mondiale qui commence à plomber les résultats des entreprises.
"D'un côté les investisseurs s'inquiètent d'une récession mondiale, de l'autre ils se rendent compte que beaucoup d'actions sont sous-évaluées", a estimé à New York Hugh Johnson, de Johnson Illington Advisors.
Mardi, les grandes places européennes, qui ont perdu plus de 40% de leur valeur depuis le début de l'année, ont rebondi et quelques minutes après l'ouverture des transactions à 08H00 GMT, Londres gagnait 1,42%, Paris 1,82% et Francfort 2,48%.
La Bourse de Tokyo, dont l'indice Nikkei avait terminé lundi au plus bas depuis 26 ans après une chute de 6,36%, a rebondi de 6,41% en clôture après avoir brièvement chuté sous les 7.000 points en matinée. La Bourse de Hong Kong a terminé sur une hausse historique de 14,4%, au lendemain d'une chute record de 12,7%, selon des courtiers. A la clôture, Shanghai a gagné 2,81%, Séoul 5,57%. En revanche, Manille a tout de même perdu 0,55% et Sydney 0,4%. A mi-séance, Hong Kong flambait de 11,3% au lendemain d'une débandade historique (-12,7%).
Pour calmer la volatilité des marchés, le gouvernement japonais a interdit mardi les ventes à découvert dites "à nu", une pratique accusée de faire chuter les cours. De nombreux autres pays ont déjà proscrit ou limité ce procédé ces dernières semaines.
Cela n'empêche pas la nervosité des investisseurs, qui s'inquiètent toujours de l'impact de la crise sur la santé des entreprises, malgré les plans de relance, baisses de taux d'intérêt ou appels au calme des grands argentiers de la planète.
Les chiffres publiés mardi par le groupe automobile japonais Honda confirment les inquiétudes pour ce secteur en particulier. Le deuxième constructeur nippon a raté ses objectifs de ventes au premier semestre 2008-2009 (avril-septembre) et revu à la baisse ses prévisions pour l'année. Il a annoncé une baisse de 3,5% de son chiffre d'affaires et une chute de 19% de son bénéfice entre avril et septembre.
"Nous pensons que cette crise ne sera pas brève. Nous devons nous préparer à affronter des turbulences durant une période relativement longue", a d'ailleurs averti Carlos Ghosn, le président des constructeurs français Renault et japonais Nissan, lors d'une conférence à Tokyo.
La crise financière, qui a touché d'abord le bâtiment et l'automobile, s'est déjà étendue à d'autres domaines.
En Allemagne, le leader mondial des progiciels SAP, a renoncé à ses objectifs financiers pour 2008, pointant du doigt "l'environnement économique incertain". La société, qui avait prévenu il y a plusieurs semaines qu'elle souffrait d'un ralentissement "brutal" de ses commandes, a cependant dévoilé des résultats en ligne avec les attentes du marché pour le troisième trimestre.
La perte d'1,2 milliard d'euros publiée par le groupe japonais de services financiers Nomura sur le premier semestre 2008-2009 est un bon indicateur des déboires attendus dans le secteur bancaire. Le groupe, qui a repris des activités de Lehman Brothers, a justifié l'argent perdu sur les marchés par la crise mondiale et n'a fourni aucune prévision pour ses résultats annuels.
D'autres activités semblent mieux résister : le pétrolier anglo-néerlandais BP s'est montré optimiste mardi quant à ses perspectives, se disant "bien placé" pour résister à la tempête financière, après avoir enregistré un nouveau bond de ses résultats au troisième trimestre.
Le baromètre GfK du moral des consommateurs allemands est resté stable en novembre, certes à un niveau faible, tandis que celui des ménages français a perdu trois points en octobre. Le nombre de permis de construire délivrés au 3e trimestre en France s'est effondré de 23% par rapport à 2007.
La mobilisation politique se poursuit face aux premières conséquences de la crise sur l'économie réelle.
Le président français Nicolas Sarkozy devait présenter mardi une panoplie de mesures destinées à amortir les effets de la crise financière sur l'emploi. Il recevra par ailleurs à Versailles, près de Paris, le Premier ministre britannique Gordon Brown, qui accueillera à son tour la chancelière allemande Angela Merkel jeudi à Londres.
La Réserve fédérale américaine devrait encore abaisser son taux directeur dès mercredi pour donner de l'air aux marchés et le président de la Banque centrale européenne (BCE) a également indiqué qu'une nouvelle baisse des taux directeurs était "possible" la semaine prochaine.
La baisse des cours des matières premières, et notamment du pétrole, fait diminuer les pressions inflationnistes et augmente les marges de manoeuvre des banques centrales.
Les cours du pétrole étaient en baisse sensible mardi dans les échanges électroniques en Asie, en raison des craintes de récession qui laisse prévoir une baisse de la demande. Dans les échanges matinaux, le prix du baril de "light sweet crude" pour livraison en décembre tombait de 89 cents à 62,33 dollars le baril, contre 63,22 dollars la veille à New York.
La volatilité continuait également à régner mardi sur le marché des changes. Dans les échanges matinaux à Tokyo, l'euro a atteint son plus bas niveau face au dollar depuis avril 2006, à 1,2328 dollar.
Mais le yen, qui ne cessait de grimper ces derniers jours, s'est brusquement déprécié en début d'après-midi à Tokyo, le dollar passant au dessus des 95 yens et l'euro au dessus des 120 yens, parallèlement au retour en force de la Bourse japonaise.
