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En novembre 2015, Sonia (prénom d’emprunt) fait un choix qui changera sa vie. Alors qu’elle héberge la cousine d’Abdelhamid Abaaoud, elle se rend avec elle au rendez-vous du terroriste en fuite. Sonia reconnaît immédiatement l’homme dont le visage défile sur toutes les chaînes. « À ce moment-là, elle a le choix, explique Dominique Demoulin, experte judiciaire. Soit elle se tait, soit elle parle au péril de sa vie. Elle a choisi de parler. » Grâce à son courage, d’autres attentats sont évités.
Il y a dix ans que je n’existe plus.
Depuis, Sonia vit cachée, sous le statut de témoin protégé. « La police lui a inventé une nouvelle identité et un passé imaginaire, rappelle Dominique Demoulin. Elle reçoit une pension de 1 500 € par mois pour toute sa famille, pas grand-chose. » Une existence isolée, marquée par la peur et la précarité. « Il y a dix ans que je n’existe plus déjà », confie aujourd’hui Sonia, la voix altérée pour préserver son anonymat.
Émue, Sonia décrit ces années de solitude et de souffrance : « Dix années de galère, d’épreuves, dix années d’irrespect, de vie dans l’ombre. Ou plutôt de survie dans l’ombre. Mais je n’ai pas de regret parce que c’est la vie humaine qui prime. J’espère retrouver ma liberté, retrouver mon identité, ma joie de vivre, ma sociabilité. »
Un élan de solidarité inattendu
La cagnotte en ligne lancée en novembre dernier pour lui venir en aide a déjà rassemblé 345 000 €. Sonia peine à réaliser. « C’est énorme pour moi. Je ne m’attendais pas à ça. Ça me surprend, ça m’émeut, ça me touche… Ça me redonne un petit peu de goût à la vie », dit-elle avec pudeur.
Sonia raconte faire toujours l’objet de menaces. Et Dominique Demoulin de conclure : « Elle demeure un symbole, celui d’une femme musulmane qui a mis un terme au projet mortifère d’Abaaoud. »

















