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Au PC de l'Armée nationale afghane (ANA) de Sayed Abad, à 60 kilomètres au sud de Kaboul, conseillers militaires français et officiers afghans se retrouvent pour boire le thé, le temps de planifier leurs opérations.
Les murs verdâtres et tâchés de suie sont nus, à l'exception d'une carte d'état-major fournie par les Français, et le mobilier minimaliste: un poêle à bois, une table pliante et des chaises dépareillées.
C'est pourtant dans des réunions comme celle-ci que la force internationale de l'OTAN (ISAF, qui compte plus de 50.000 soldats envoyés par une quarantaine de pays) place tous ses espoirs. Avec pour but de faire de l'ANA une armée régulière, fidèle au gouvernement central et en mesure, un jour, d'assurer seule la sécurité d'un pays en guerre depuis 30 ans.
L'ANA compte près de 70.000 hommes, et l'objectif est de porter ses effectifs à 130.000.
De nombreux soldats de l'ISAF sont affectés à sa formation au sein de détachements d'assistance opérationnelle (OMLT: Operational Mentoring and Liaison Teams): 310 pour la France.
Au sud de la province du Wardak, le "poste de combat avancé" de Sayed Abad, ses quelques dizaines de soldats afghans et américains et sa petite dizaine d'instructeurs français sont en première ligne face aux insurgés, talibans, chefs de guerre et bandits de grand chemin.
Le 8 novembre, la sentinelle américaine a ouvert le feu sur un camion suicide qui ignorait ses sommations. Les quelque 300 kg d'explosifs ont soufflé les installations du camp. Bilan: deux blessés légers, un vrai miracle.
Mais les bâtiments alentour, l'école, le poste de police et le PC de l'ANA en portent encore les stigmates, murs lézardés et vitres soufflées. Certains sont inutilisables.
Dans la cour de l'ANA, des carcasses de véhicules criblées d'éclats, vrillés par les tirs de roquettes et les explosions de mines artisanales rappellent le harcèlement des insurgés sur la "Highway One", l'axe routier voisin.
C'est dans ce décor que le lieutenant-colonel Jean-Bruno X. (l'anonymat est requis pour raisons de sécurité) rencontre presque quotidiennement son homologue afghan.
Des palabres, où, selon l'officier du 3e Régiment d'infanterie de marine de Vannes (ouest de la France), "beaucoup de choses importantes se décident, pas forcément d'un coup" mais "c'est une petite pierre à l'édifice".
Après un an et demi d'efforts, le "Kandak" (bataillon afghan, ndlr) a été certifié par la force de l'OTAN.
Officiellement, il est en mesure de planifier et conduire des opérations autonomes, en coordination avec les forces internationales.
Mais la réalité est un peu moins rose. "Ce qui a bien marché, c'est la conduite des opérations, la coordination avec les unités amies et les forces américaines pour éviter les tirs fratricides", explique le lieutenant-colonel.
Il reste cependant beaucoup à faire. "Quand on tombe dans une embuscade, notre travail est de modérer les ardeurs pour protéger les populations civiles, ce qui n'est pas acquis et exige encore la présence des OMLT", poursuit-il.
Selon le colonel Thierry X., conseiller du commandant de la 1ère brigade du 201e corps de l'ANA, le général Abdul Razig, "ce qui ne marche pas, c'est l'organisation et la planification à moyen ou long terme, la gestion des effectifs de l'ANA -- des hommes quittent leur poste pour des motifs privés --, et une tendance à arroser à l'aveugle dans les engagements".
Le général afghan assure de son côté travailler "en équipe, comme des frères" avec les Français qu'il invite d'ailleurs à dîner ce soir-là.
"Mes soldats ont très bon moral, mais ils ne cessent de réclamer de meilleures armes et des véhicules blindés", insiste-t-il.
