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Assaut du Capitole: le chef d'une milice d'extrême droite reconnu coupable de "sédition"

Le fondateur des Oath Keepers, Stewart Rhodes, et un autre membre de cette milice d'extrême droite, sont devenus mardi les premiers participants à l'assaut du Capitole à être reconnus coupables de "sédition".

Après deux mois d'un procès très suivi, les douze jurés ont en revanche écarté ce chef d'inculpation extrêmement rare, passible de 20 ans de prison, pour trois autres membres de ce groupe radical.

Les cinq militants ont, par ailleurs, tous été condamnés pour "entrave à une procédure officielle" et seront fixés sur leur peine au printemps 2023.

Ce verdict nuancé, prononcé après trois jours de délibérations, représente une victoire pour les procureurs qui enquêtent depuis bientôt deux ans sur l'attaque du 6 janvier 2021.

Ce jour-là, une foule de partisans du président républicain Donald Trump avaient semé le chaos dans le siège du Congrès, au moment où les élus certifiaient l'élection de son rival démocrate Joe Biden à la Maison Blanche.

Depuis ce coup de force, près de 900 personnes ont été arrêtées et plus de 170 ont écopé de peines de prison, notamment les auteurs de violences contre les policiers. Mais, jusqu'ici, personne n'avait été reconnu coupable de "sédition".

Ce chef d'inculpation, qui émane d'une loi adoptée après la guerre de Sécession pour réprimer les derniers rebelles sudistes, implique d'avoir planifié l'usage de la force pour s'opposer au gouvernement.

Difficile à prouver, il a été très peu utilisé: la dernière condamnation pour sédition a été prononcée en 1998 contre des militants islamistes responsables d'un attentat à la bombe contre le World Trade Center à New York cinq ans plus tôt.

Le procureur Matthew Graves qui supervise l'ensemble des poursuites pénales s'est donc félicité que ses équipes aient convaincu les jurés. Leur verdict "réaffirme la force de notre démocratie et des institutions qui la protège, y compris notre système judiciaire", a-t-il commenté dans un communiqué.

C'est "une victoire pour l'Etat de Droit", ont ajouté les élus démocrate Bennie Thompson et républicain Liz Cheney, qui dirigent l'enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur le rôle de Donald Trump dans l'assaut.

- "Persécution" -

L'avocat de Stewart Rhodes s'est pour sa part dit "déçu" de l'issue du procès qui, selon lui, "n'a pas apporté de preuves d'un plan d'attaque du Capitole".

Les procureurs ont pourtant montré que Stewart Rhodes avait commencé tôt à rallier ses troupes. "On ne va pas s'en sortir sans guerre civile", leur écrivait-il deux jours après la présidentielle sur une messagerie cryptée.

Dans les semaines suivantes, il a, selon eux, dépensé des milliers de dollars pour acheter des appareils de vision nocturne, des armes et des munitions, et a stocké cet arsenal dans un hôtel de la banlieue de Washington.

Le 6 janvier, casqués et vêtus de tenue de combat, plusieurs membres des Oath Keepers avaient marché sur le Capitole. Certains avaient formé une colonne pour s'y introduire et avaient fait demi-tour après avoir reçu du gaz irritant. D'autres avaient pénétré dans son enceinte en formation militaire.

Stewart Rhodes, un ancien militaire de 57 ans, était lui resté à l'extérieur, mais selon les procureurs, il avait dirigé ses troupes avec une radio "comme un général sur le champ de bataille".

A la barre des témoins, ce tribun, reconnaissable à son cache-oeil noir, a nié "avoir planifié" cette attaque et a soutenu que la "mission" des Oath Keepers était d'assurer la sécurité de la manifestation convoquée par Donald Trump pour dénoncer de prétendues "fraudes électorales".

Soutenant avoir été mis devant le fait accompli, il a estimé "stupide" que Kelly Meggs, qui dirige la section de Floride des Oath Keepers et a lui aussi été reconnu coupable de sédition, soit entré dans le Capitole. "Cela a ouvert la porte à notre persécution politique, et voyez où nous en sommes", a-t-il déclaré.

Ancien diplômé en droit de l'université Yale, ce quinquagénaire au parcours sinueux a fondé les Oath Keepers en 2009, en recrutant d'anciens soldats ou policiers, initialement pour lutter contre l'Etat fédéral jugé "oppressif".

Comme d'autres groupes radicaux, cette milice a été séduite par le discours anti-élites de Donald Trump et a totalement adhéré aux allégations de fraudes électorales brandies -- contre toute évidence -- par le républicain.

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