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A trois jours d’accueillir deux magnifiques pandas en Belgique, c’est un autre type de parc animalier qu'Antonio Solimando a analysé ce matin dans sa "Langue bien pendue" sur Bel RTL: le monde sauvage de la politique. Un zoo dont les espèces, à trois mois des élections, sous la pression, peuvent devenir anxieuses ou agressives, vis-à-vis des médias.
Anxieuses, ce sont les autruches, celles qui mettent la tête sous le sable pour se couper des problèmes. A notre rédaction, les exemples se multiplient. Prenez un sujet sensible. Appelez le ministre compétent. Eh bien, figurez-vous que le ministre wallon du budget ne répond plus sur les conséquences du budget. Le ministre des bâtiments scolaires ne répond plus sur les travaux pour créer des places dans les écoles. Les attachés autrefois si réactifs, à toute heure du jour et de la nuit, merci à eux, deviennent subitement des adeptes des réunions importantes: leur téléphone est coupé toute la journée. Le principe, c’est que le journaliste peut toujours faire son sujet, liberté de la presse garantie. Mais il est de moins en moins question de l’aider. Encore moins d’associer à ce sujet dérangeant une interview d’un ministre. La tête dans le sable, qu’on vous disait !
Un peu plus loin dans le parc, il y a les singes hurleurs, isolés par une clôture en béton armé. Eux, ils décrochent leur téléphone pour engueuler l’auteur d’un article. Peu importe que ses sources soient fiables, recoupées, donc peu importe qu’il ait simplement écrit la vérité. Au rang des victimes, notre confrère de l’Echo, Martin Buxant, plusieurs fois chahuté ces derniers jours. Et le phénomène n’est pas belgo-belge. En 48h, en France, deux politiques ont été pris en flagrant délit de remise en cause de journalistes devant les caméras: Nathalie Kosciusko-Morizet, la candidate à la mairie de Paris (
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) ou plus court et plus "subtil", le député Nicolas Dupont-Aignant (
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).
Bien sûr, pas de corporatisme. Il y a du travail mal fait, pas question de dédouaner les journalistes. Mais avant, seuls les partis d’extrême droite se déchargeaient sur la presse. Aujourd’hui, toutes les formations de l’échiquier politique sont contaminées. Et il y a une explication très électorale à cette agressivité des politiques: le fait d’avoir regroupé les élections fédérales, régionales et européennes. Il y a beaucoup d’avantages. L’électeur ne se déplace qu’une fois, ça fait des économies, ça coute une seule fois 10 millions d’euros à organiser. Avantage de gouvernance, aussi. Les candidats ne peuvent se présenter qu’à un seul niveau de pouvoir. Une seule liste à la fois.
L’inconvénient pour les partis, c’est qu’après le 25 mai, il n’y aura plus d’élection avant fin 2018. Si on rate sa campagne, c’est la cure d’opposition pour 5 ans: une éternité en politique. Ce triple scrutin, c’est comme une grande session d’examen, mais sans rattrapage, sans deuxième session.Et ça, ça met une sérieuse pression!
Antonio Solimando
