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Deux objets cinématographiquement opposés, "Le Bannissement" du Russe Andreï Zviaguintsev, sèche tragédie à la photographie somptueuse et "Les Chansons d'amour", comédie chantée du Français Christophe Honoré entraient en compétition ce vendredi au 60e Festival de Cannes.
Nourri par la poésie du cinéma "en-chanté" de Jacques Demy auquel il voue un "vrai amour de cinéphile", Christophe Honoré, 37 ans, vit sa première compétition à Cannes, cinq ans après le succès critique de "Dix-sept fois Cécile Cassard", lauréat du prix Un Certain regard en 2002.
Déjà tête d'affiche de "Dans Paris" d'Honoré, Louis Garrel, 23 ans, promène sa silhouette d'adolescent romantique et sa dégaine à la Jean-Pierre Léaud dans "Les Chansons d'amour", que Christophe Honoré définit comme "une comédie musicale moderne, différente" écrite "à partir des chansons d'Alex Beaupain".
Garrel est Ismaël, nonchalant jeune parisien qui papillonne entre son profond amour pour sa compagne Julie, incarnée par Ludivine Sagnier, et sa tendre complicité avec une collègue de travail, Alice (Clotilde Hesme).
Inspiré d'une "histoire très personnelle", ce trio à la "Jules et Jim" au féminin prend fin brutalement avec la mort de Julie, par un arrêt cardiaque en pleine rue.
"Je cherche seulement des bras", chante alors Ismaël, qui valse d'une étreinte à l'autre, féminine ou masculine, en quête de réconfort.
Classiquement divisé en trois chapitres, le 4e film d'Honoré, qui sort mercredi en France, sillonne un Paris nocturne et populaire au fil de déambulations inspirées des films de Truffaut ou Godard.
"Les chansons m'ont permis d'atteindre un lyrisme, de pouvoir exprimer mes sentiments, mais d'une façon plus décalée", a expliqué à la presse Christophe Honoré, avant la présentation officielle du film dans la soirée.
Changement radical avec "Izgnanie" ("Le Banissement"), deuxième film de l'acteur Andreï Zviaguintsev - après "Le Retour", couronné d'un Lion d'or à la Mostra de Venise en 2003 - basé sur une nouvelle de l'écrivain américain d'origine arménienne William Saroyan.
Un couple et ses deux enfants quittent la ville pour emménager dans une maison isolée, perdue au milieu d'ocres collines, quelque part en Russie.
Vera (Maria Bonnevie) fait alors à Alex (Konstantin Lavronenko) son mari, un aveu fatal : elle est enceinte d'un autre.
Sur cette terre sèche et grandiose où le père a passé son enfance, se déploie alors un drame intime, au fil d'un récit énigmatique et silencieux aux accents de tragédie biblique.
La sublime photographie du film est signée Mikhail Krichman, un "opérateur de génie" qui a fait du réalisateur un "homme comblé", selon les termes d'Andreï Zviaguintsev. "J'ai trouvé mes propres yeux", a affirmé le cinéaste.
Dans la sélection "Un certain regard", ce vendredi sera projeté "L'avocat de la terreur", film de Barbet Schroeder. Dans ce documentaire de 2h15, Barbet Schroeder tente de percer le mystère qui entoure la personnalité et le parcours de Jacques Vergès, avocat aussi sulfureux qu'énigmatique. Un parcours qui passe par l'Algérie et la guerre d'indépendance, avant une disparition de huit ans au début des années 70 sur laquelle Vergès entretient le mystère, puis la défense de personnalités a priori indéfendables, le nazi Klaus Barbie ou les terroristes Anis Naccache et Carlos.
Depuis l'ouverture mercredi, le festival a aussi découvert le mélancolique périple américain de Wong Kar-wai, "My Blueberry nights", l'âpre polar de David Fincher, "Zodiac" et le vigoureux "4 mois, 3 semaines et 2 jours" du roumain Cristian Mungiu.
Fort alléchant, le programme de samedi contient trois films américains très attendus, dont seul le premier concourt pour la Palme d'or: "No country for old men", une cavale au Texas filmée par les frères Coen.
Les deux autres sont des documentaires, "Sicko", où le polémiste Michael Moore épingle les défaillances du système de santé aux Etats-Unis et "The 11th hour", produit par Leonardo Di Caprio, un plaidoyer pour la lutte contre le réchauffement climatique dans la veine d'"Une vérité qui dérange" de David Guggenheim avec Al Gore.
