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Les autorités irakiennes ont accusé samedi, dans une note de protestation officielle, la Turquie d\'avoir bombardé des provinces kurdes du nord de l\'Irak, où sont repliés des rebelles kurdes turcs.
Dans un communiqué à Bagdad, le ministère des Affaires étrangères affirme avoir \"envoyé une lettre au chargé d\'affaires turc pour protester contre des bombardements dans les provinces de Dohouk et d\'Erbil, qui ont causé des dégâts importants, un incendie et la panique parmi la population\".
Cependant à Ankara, un diplomate turc, parlant sous le couvert de l\'anonymat, a affirmé que le ministère des Affaires étrangères n\'avait pas connaissance de tels bombardements et qu\'\"aucune information\" n\'était encore parvenue à l\'ambassade à Bagdad au sujet de cette lettre de protestation.
Mais selon Jabar Yawar, porte-parole des forces de sécurité kurdes irakiennes (peshmergas), \"l\'artillerie turque a bombardé samedi à l\'aube pendant 45 minutes à proximité des villages de la province de Dohouk\".
\"Les bombes sont tombées à proximité des villages de Kashan, Batuwa, Mullakantili, Nzuri and Kisti\", situés près de Zakho, non loin de la frontière turque, a-t-il précisé sans faire état de victime.
Les autorités irakiennes ne précisaient pas, dans leur communiqué, la date de ces bombardements ni s\'ils avaient été effectués depuis la Turquie ou par les forces turques stationnées dans le nord de l\'Irak. L\'armée turque dispose d\'un contingent de 1.500 soldats à quelques km de profondeur en territoire irakien, dans la province de Dohouk, pour empêcher les infiltrations des rebelles séparatistes du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) dans une zone escarpée sur une longue frontière poreuse de 384 km.
\"De telles activités doivent cesser immédiatement\" car elles \"vont éroder la confiance entre les deux pays et conduire à l\'instabilité dans la région\", insistent les autorités irakiennes, qui appellent au \"dialogue\", selon des extraits de leur lettre de protestation. La Turquie accuse les Kurdes d\'Irak de tolérer, voire de soutenir le PKK et a longtemps fait pression sur les Etats-Unis et l\'Irak pour qu\'ils interviennent contre lui.
Elle a menacé depuis plusieurs semaines de lancer des opérations transfrontalières contre les bases des rebelles. Dans les années 1990, l\'armée turque avait lancé plusieurs opérations contre le PKK en Irak mais sans jamais réussir à déloger les rebelles. La Turquie estime à plusieurs milliers le nombre de ces rebelles établis dans des camps du nord irakien, où ils se procurent aisément, selon elle, armes et explosifs pour mener des attaques et des attentats de l\'autre côté de la frontière.
\"L\'Irak rejettera toutes les guerres par procuration menées sur son territoire, contrairement à l\'ancien régime\", ont affirmé les autorités dans la lettre. \"La position du gouvernement à l\'égard du PKK est claire, ils sont illégitimes et nous les rejetons\". \"Notre position à l\'égard de la Turquie est régie par la constitution qui appelle à de bonnes relations avec les pays voisins et à la non ingérence dans les affaires des autres pays\", ajoutent-elles encore.
Mercredi, l\'Irak, la Turquie, les Etats-Unis et même le PKK avaient démenti des informations selon lesquelles plusieurs milliers de soldats turcs avaient pénétré dans le Kurdistan irakien, afin de neutraliser le PKK. Le débat sur une intervention en Irak s\'est intensifié en Turquie depuis plusieurs mois avec la recrudescence des activités du PKK dans le sud-est et un attentat à la bombe imputé aux rebelles, qui a fait sept morts et 121 blessés en mai à Ankara.
