Accueil Actu

La musique de film, une centenaire française pimpante mais fragile

Les compositeurs de musiques de films, à l'honneur samedi lors de la Fête de la musique, célèbrent le centenaire d'un genre dont ils affirment la "formidable richesse artistique" tout en déplorant, en France notamment, les "réalités économiques difficiles" du secteur.

Le cinéma est réputé être né en France en 1895. Le pays des frères Lumière a aussi donné naissance à ce que les historiens du Septième art considèrent être la première musique de film originale, composée en 1908 par Camille Saint-Saëns pour "L'assassinat du duc de Guise" d'André Calmettes et Charles Le Bargy.

"C'est la première fois qu'on a demandé à un compositeur de renom d'écrire une musique qui puisse être synchronisée avec le scénario", explique à l'AFP Gilles Tinayre, président de l'Union des compositeurs de musiques de films (UCMF) et délégué général du Comité du centenaire de la musique de film.

"Avant, les pianistes avaient à leur disposition des catalogues de musiques préconçues, thématisées, pour évoquer l'amour, la passion, la peur, etc.", poursuit le compositeur, qui a signé la bande originale du film "Chouchou", dans lequel jouait Gad Elmaleh.

Saint-Saëns a ouvert la voie à une musique de création qui s'est développée en même temps que le cinéma affirmait sa dimension artistique. A sa suite, les compositeurs français se sont fait une place importante dans le paysage mondial de la musique de film, de Georges Delerue, Maurice Jarre et Michel Legrand jusqu'à Gabriel Yared, Bruno Coulais ou Alexandre Desplat.

"La France a une image, elle la conserve, et ce malgré une grande pauvreté dans l'enseignement de cette musique", souligne Gilles Tinayre. Alors qu'il existe aux Etats-Unis des cycles universitaires complets dédiés à la musique de film, il n'y a que trois lieux en France où elle est enseignée en profondeur, en conservatoire, à Paris, Lyon et Levallois-Perret (Hauts-de-Seine).

Autre problème, pas spécifiquement français mais touchant l'Europe occidentale: la délocalisation massive des enregistrements de musique symphonique de film dans les pays de l'Est, où un musicien d'orchestre coûte en moyenne six fois moins cher qu'en France.

L'UCMF, qui revendique 130 compositeurs adhérents, s'emploie donc à mettre sur pied un plan national de "relocalisation" de ces enregistrements grâce aux aides cumulées du Centre national de la cinématographie (CNC), des fonds de soutien au cinéma en région et des sociétés civiles d'artistes-interprètes Adami et Spedidam.

Les professionnels préparent en outre les premières Journées européennes de la musique de film, qui auront lieu à la Cité de la musique à Paris les 14 et 15 novembre prochains.

"L'objectif est d'organiser des rencontres sur des problèmes quasi systématiques, comme la baisse dangereuse de la part de la musique originale par rapport aux achats de droits", c'est-à-dire au choix de musiques préexistantes, explique Gilles Tinayre.

"Cela a des conséquences sur toute la chaîne économique de la musique de film car cela veut dire moins de studios, d'ingénieurs et de musiciens", ajoute-t-il.

Le président de l'UCMF rappelle que "la musique de film est un patrimoine virtuel", qu'il faut mieux faire connaître et valoriser, notamment en France, "un pays qui ne profite pas de la notoriété de ses compositeurs."

À la une

Sélectionné pour vous