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Le bureau d’une avocate attaqué au cocktail Molotov : « Des juges mourront » si la violence contre le milieu judiciaire continue

Par RTL info avec Benjamin Samyn et Xavier Preyat
Il y a quelques semaines, deux cocktails Molotov ont été lancés contre le bâtiment abritant le cabinet et le domicile d’une avocate du barreau de Charleroi. Si l’attaque n’a pas fait de blessés ni de dégâts, elle provoque une vive émotion dans le monde judiciaire et relance les inquiétudes face à la multiplication des menaces et agressions visant avocats et magistrats.

Les faits se sont produits tard dans la soirée il y a quelques semaines. Deux engins incendiaires ont été lancés contre le bâtiment où travaille et vit une avocate du barreau de Charleroi. Celle-ci, qui souhaite rester anonyme, confirme que les cocktails Molotov n’ont heureusement provoqué aucun dégât matériel. Mais depuis, l’inquiétude est bien présente. L’avocate bénéficie du soutien de l’ordre du barreau de Charleroi.

Trois personnes ont été interpellées dans ce dossier : deux exécutants et un commanditaire présumé. Elles ont été placées sous mandat d’arrêt. Le mobile de l’attaque n’est, à ce stade, pas encore connu et l’enquête se poursuit.

« Des menaces virulentes »

Le bâtonnier de Charleroi, Thierry L’Hoir, évoque un profond malaise : « Lorsqu’un proche est attaqué, et entre avocats on est tous quand même un peu proches, forcément ça fait mal et ça pose question. On se demande ce qu’on a fait ou pas fait, de qui ça peut venir, et c’est une source d’angoisse. »

L’avocat est devenu une sorte de paratonnerre des colères et des frustrations
Thierry L’Hoir, Bâtonnier du barreau de Charleroi

Cette attaque illustre, selon la profession, un climat de plus en plus tendu à l’égard des acteurs de la justice. Laura Glorieux, avocate pénaliste au barreau de Charleroi depuis cinq ans, en a elle-même fait l’expérience. En 2024, alors qu’elle défend un homme suspecté d’avoir séquestré son beau-fils dans un cagibi, elle reçoit de nombreuses menaces anonymes. « C’étaient des menaces assez virulentes, des menaces d’agression, de me faire subir le même sort que ce qui avait été subi par cet enfant », raconte-t-elle.

Un problème de compréhension

Malgré la pression, elle décide de dénoncer les faits et de poursuivre son travail. Avec le recul, elle pointe une problématique sous-jacente : « Il y a un problème de compréhension et on ne fait plus la distinction entre l’avocat et ceux qu’il défend. En tant qu’avocat, on est confronté tout le temps à devoir défendre des actes ou des positions avec lesquelles, personnellement, on n’est pas d’accord. »

Dans la pratique quotidienne, les menaces verbales sont devenues monnaie courante, notamment lors des audiences, régulièrement perturbées par des citoyens en colère. Parfois, la violence franchit un cap supplémentaire. Thierry L’Hoir rappelle qu’un avocat a récemment été agressé à l’intérieur même du palais de justice : « L’avocat est devenu une sorte de paratonnerre des colères et des frustrations. Je suis en colère, je vais m’en prendre à un avocat. C’est évidemment inadmissible. »

La crainte des organisations criminelles

Au-delà de la colère de certains citoyens, le barreau s’inquiète également des pressions exercées par des organisations criminelles. Yves Demanet, avocat pénaliste et membre du conseil de l’ordre, redoute une escalade progressive. « Je crains que dans les cinq ans à venir, on commence par de la corruption. Et comme ça ne marchera pas avec nos juges, il y aura des menaces, puis des représailles. On s’en prendra aux proches. On ramènera le gamin ou la gamine du juge de l’école dans une voiture en disant tu diras bonjour à ton papa. Je vous cite un cas vécu. »

Des juges mourront
Yves Demanet, Avocat pénaliste et membre du conseil de l’ordre

Il va même plus loin : « On fera des choses comme ça, et si ça ne marche pas encore, des juges mourront. » Une perspective qui renforce le sentiment d’urgence à protéger davantage les acteurs de la justice, alors que l’enquête sur l’attaque aux cocktails Molotov se poursuit à Charleroi.

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