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La tension monte entre Washington et Copenhague. Depuis que Donald Trump a réitéré son intention de taxer les importations européennes tant que le Danemark refusera de lui céder le Groenland, l’Union européenne se prépare à la riposte. Elle dispose d’une arme redoutable : l’Instrument Anti-Coercition (ACI). Cet outil, encore méconnu, pourrait changer la donne dans cette guerre commerciale.
Jusqu’à présent, face aux provocations tarifaires de l’administration Trump, l’Europe préférait la retenue pour éviter une explosion de l’inflation. Mais cette fois, l’enjeu touche à la souveraineté même d’un État membre, le Danemark. « L’instrument anti-coercition est un outil qui permet à l’Union européenne de répondre à une pression économique ou financière exercée par un pays tiers », explique Juraj Majcin, analyste au Centre de politique européenne.
L’objectif est simple : si un pays extérieur tente de dicter la ligne politique de l’Union par la force économique, Bruxelles peut désormais répondre « œil pour œil ». Ce dispositif ne se limite pas à de simples taxes douanières. Il permet de restreindre les investissements directs étrangers ou même d’interdire à des entreprises du pays visé d’opérer sur le sol européen. « C’est une mesure sérieuse pour une situation qui l’est tout autant », précise l’expert.
Les géants de la Tech dans le viseur
Si l’Europe décide d’activer ce levier, elle sait déjà où frapper pour faire mal. Selon Juraj Majcin, la cible prioritaire est évidente : les géants de la Silicon Valley. « L’Union européenne pourrait restreindre les activités des géants technologiques américains, dont beaucoup sont très proches de l’administration Trump », souligne-t-il.
En s’attaquant à des entreprises comme Apple, Google ou Amazon, l’Europe ne viserait pas seulement l’économie américaine, mais aussi les alliés politiques les plus fidèles du président. « Cela enverrait un message très fort à Donald Trump : nous pouvons lui infliger des sanctions, non seulement au pays, mais aussi à ceux qui lui sont fidèles. Les géants technologiques américains sont donc les premiers noms qui me viennent à l’esprit. »
Aujourd’hui, le cas du Groenland est différent
Le processus reste néanmoins complexe. Entre l’enquête de la Commission et le vote des États membres, la procédure pourrait prendre de quelques mois à un an. Mais le simple fait que l’Europe envisage de sortir cette « option nucléaire » montre que, face aux ambitions arctiques de Trump, Bruxelles n’entend plus se laisser dicter sa conduite.
« L’UE a su résister aux pressions américaines exercées par l’administration Trump. Nous nous souvenons tous du ‘Jour de la Libération’ et des droits de douane exorbitants imposés par Trump à l’Union européenne. À l’époque, l’UE a résisté à la tentation d’adopter des mesures commerciales de rétorsion, craignant une hausse de l’inflation et un impact négatif sur la croissance économique et les relations commerciales au sein de l’Union. Mais aujourd’hui, le cas du Groenland est différent, car il s’agit de la souveraineté d’un État membre (le Danemark). Donald Trump insiste sur la souveraineté du Danemark sur le Groenland, ce qui justifie des mesures plus radicales », conclut Juraj Majcin.
















