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Kinshasa a annoncé mercredi son refus de voir des troupes indiennes renforcer la Mission de paix de l'ONU en République démocratique du Congo (Monuc), où New Delhi est pourtant le principal contributeur en Casques bleus, en leur reprochant notamment d'avoir commis des "exactions".
Le gouvernement congolais a transmis ce week-end à la Monuc une lettre adressée au secrétaire général des Nations unies de l'ONU Ban Ki-moon, dans laquelle il écrit : "nous récusons les troupes indiennes", a indiqué à l'AFP le porte-parole du gouvernent Lambert Mende.
M. Mende a précisé qu'il faisait référence au renforcement de 3.000 casques bleus pour la Monuc décidé la semaine dernière par le Conseil de sécurité de l'ONU en raison de la reprise des combats entre la rébellion de Laurent Nkunda et l'armée congolaise depuis fin août dans la province du Nord-Kivu (est).
"Le gouvernement congolais, comme tout autre gouvernement dans le monde, a parfaitement le droit de récuser, pour des raisons de souveraineté et d'Etat, le déploiement sur son territoire de troupes d'un pays", a ajouté M. Mende.
Interrogé sur les raisons de ce refus, il a répondu: "Nous n'avons pas d'explications à fournir à qui que ce soit".
Dans la lettre qui a été lue à l'AFP, le gouvernement explique qu'"au regard des nombreuses exactions fort malheureuses commises par certaines troupes au sein de la Monuc, la population comprendrait mal que des contingents de même origine viennent renforcer les effectifs de la Monuc".
Le document ne précise pas la nature des "exactions" mentionnées, mais des Casques bleus, dont des Indiens, sont soupçonnés par l'ONU d'abus sexuels.
Les autorités congolaises "ont été très déçues que la Monuc ne les ait pas soutenues dans leurs offensives", a expliqué à l'AFP Xavier Zeebroek, directeur du Groupe d'information sur la paix et la sécurité (GRIP).
Selon plusieurs sources diplomatiques, Kinshasa refuse de nouvelles troupes indiennes car il les soupçonne également "de collusion" avec M. Nkunda.
En mars, un officier indien stationné dans le Nord-Kivu avait publiquement affiché son soutien au chef rebelle, le qualifiant de "frère" qui "combat pour une noble cause".
Dans sa lettre, le gouvernement congolais "demande" en outre qu'"à l'occasion d'un nouveau déploiement dans l'est (dans le cadre des rotations de troupes), les unités particulièrement ciblées par l'opinion nationale soient affectées ailleurs qu'au Kivu".
A la lecture de ce document, "la brigade indienne doit quitter le Nord-Kivu", a estimé un expert à Kinshasa.
La position de Kinshasa va profondément embarrasser l'ONU. Avec environ 4.400 militaires en RDC, tous déployés dans le Nord-Kivu, l'Inde est en effet le principal contributeur de la Monuc.
Elle s'est portée volontaire à hauteur d'environ 1.200 hommes pour renforcer la mission de paix, selon des sources diplomatiques.
C'est aussi l'Inde qui fournit la totalité des hélicoptères de combat de la Monuc.
Si les brigades indiennes partent ou que les Indiens ne peuvent pas venir, "l'ONU n'arrivera pas à trouver des remplaçants", prévient l'expert de la région.
La Monuc a confirmé qu'une lettre des autorités congolaises avait été transmise au siège de l'ONU à New York, mais elle n'en a pas précisé le contenu.
"Le secrétaire général fera part de l'inquiétude du gouvernement congolais au Conseil de sécurité qui prendra une décision", a simplement commenté mercredi le porte-parole de la Monuc, Manodje Mounoubai.
La Monuc, qui est déployée depuis 2001 en RDC, immense pays d'Afrique centrale qui sort de cinq années de guerre régionale (1998-2003), est la plus importante mission actuelle de paix de l'ONU, avec 17.000 Casques bleus.
Le 20 novembre, le Conseil de sécurité de l'ONU avait décidé d'envoyer 3.000 troupes supplémentaires en RDC. Ni la nationalité de ces troupes ni leur date d'arrivée n'a encore été officiellement arrêtée.
