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« Deux défis prioritaires » : dans son discours aux autorités, le Roi pointe ce que doit faire l’Europe pour rester « un phare dans la tempête »

par RTL info
Tradition annuelle, le roi Philippe a prononcé un discours aux autorités du pays en ce Nouvel An. Retrouvez ci-dessous l’intégralité de celui-ci.

Comme chaque année, Sa Majesté le roi Philippe prononce un discours aux autorités du pays à l’occasion du Nouvel An, dans la salle du Trône, au Palais Royal de Bruxelles.

Dans son allocution pour l’année 2026, le souverain a voulu mettre en avant plusieurs thèmes, comme :

La défense du modèle européen et belge face aux menaces contemporaines

Le discours insiste sur le retour des rapports de force internationaux et la nécessité pour l’Europe de s’affirmer sans renier ses valeurs fondamentales (droits humains, démocratie, État de droit). - La prospérité économique et la cohésion sociale

Le Roi met en avant l’importance de stimuler l’activité économique pour préserver le modèle de société belge. Cela passe par la compétitivité, les investissements (notamment dans les régions précarisées comme le Centre/Hainaut), l’économie circulaire, les collaborations transrégionales et la promotion des intérêts économiques à l’étranger.

– Le capital humain, la justice sociale et le bon fonctionnement des institutions

Le discours souligne la nécessité d’investir dans les personnes : accompagnement des chômeurs en fin de droits, mobilité des travailleurs, apprentissage des langues, respect de la dignité humaine (y compris en prison). Le roi Philippe alerte aussi sur les blocages institutionnels, en particulier à Bruxelles, et rappelle l’importance de la stabilité politique et institutionnelle à l’approche du Bicentenaire de la Belgique.

Voici le discours dans son intégralité

Merci Monsieur le Premier Ministre pour les vœux chaleureux que vous m’adressez en ce début d’année, à quelques jours du premier anniversaire du gouvernement fédéral.

Mesdames et Messieurs,

Je me réjouis de ce rendez-vous annuel avec l’ensemble des autorités du pays. Il m’offre l’occasion de vous remercier pour votre engagement au service de nos concitoyens. Il me permet aussi de partager avec vous mes réflexions quant à nos perspectives d’avenir, dans un monde face à un changement de paradigme inquiétant.

En ces temps où les Empires sont de retour, l’Europe doit prendre pleinement sa place. Elle a opéré les bons diagnostics avec les rapports Letta et Draghi. Elle doit maintenant mettre en œuvre leurs recommandations. Je suis convaincu qu’elle y parviendra, tout en préservant son identité, construite sur les droits humains, l’état de droit, la démocratie, et le respect du droit international.

Pour être un phare dans la tempête, l’Europe doit rester fidèle à ses valeurs fondamentales. On peut être forts sans céder à la tentation de l’autoritarisme. C’est la seule voie durable. Seulement ainsi pourrons-nous être un rempart contre les forces impérialistes et autoritaires.

Je vois deux défis prioritaires à relever pour y réussir.

D’abord, le devoir de protéger notre modèle de société et nos concitoyens. Des moyens très importants sont mobilisés en Belgique pour renforcer notre défense et participer ainsi pleinement à notre sécurité collective. Je sens que notre population adhère largement à l’effort entrepris. Je mesure également les défis que cela représente pour nos forces armées. Mais je suis confiant en leur capacité à le relever.

Une deuxième condition pour préserver notre modèle de société consiste à stimuler l’activité économique pour créer davantage de prospérité et permettre à nos concitoyens de s’épanouir individuellement et en société. Nous disposons pour ce faire de nombreux atouts, en particulier notre culture politique, axée sur la solidarité, la proximité et la prise en compte des spécificités locales.

Des choix importants ont été posés par l’ensemble de nos exécutifs pour renforcer notre compétitivité dans un contexte international agressif et hyperconcurrentiel.

Il est important que ces efforts bénéficient à tous. Dans ce contexte, je voudrais vous faire part ici de mon appui aux zones aujourd’hui plus précarisées de notre pays. J’ai ainsi pu mesurer, lors de mes nombreux déplacements sur le terrain, les difficultés de la région du Centre, au cœur de la Province du Hainaut. Cette région aspire à retrouver la prospérité qu’elle a longtemps connue. J’y ai vu des jeunes très motivés mais qui se heurtent au manque de débouchés et à une activité économique limitée. Pourtant, j’y perçois des opportunités locales d’investissement, en particulier dans l’économie circulaire. Mais le redressement de la région passera aussi par la mobilisation d’acteurs économiques de tout le pays.

C’est d’ailleurs afin de promouvoir un maximum de collaborations économiques transrégionales que je me déplacerai au mois d’avril dans différentes régions, avec des entrepreneurs du Nord et du Sud du pays.

Au-delà de nos frontières, la Reine et moi continuerons à défendre les intérêts économiques de la Belgique, partout où nous nous rendrons, notamment lors de nos prochaines visites d’État en Norvège et au Kazakhstan.

Je tiens ici à remercier mon épouse qui a accepté de présider les missions économiques belges, après le travail fructueux réalisé par la Princesse Astrid.

Mesdames et Messieurs,

Nos gouvernements s’activent à répondre à nos fragilités structurelles par des réformes. Il est important, dans ce contexte, de continuer à nous appuyer sur notre capital humain.

En ce début d’année, plusieurs milliers de chômeurs arrivent en fin de droits. Ceci nous oblige à tout faire pour permettre à un maximum d’entre eux de retrouver un emploi et d’éviter ainsi un basculement dans la précarité. Il faudra que toutes les instances compétentes accompagnent ces personnes activement, qu’elles soient à leur écoute, qu’elles leur permettent de développer leurs talents pour s’insérer sur le marché de travail.

C’est pourquoi je soutiens les initiatives récemment lancées afin de favoriser une plus grande mobilité des travailleurs entre régions et pôles d’emploi. Continuons par ailleurs à stimuler l’apprentissage de nos langues nationales.

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais revenir ici sur plusieurs maux qu’il faut résolument combattre si l’on veut protéger notre modèle de société – et in fine nos concitoyens.

Tout d’abord, un mal universel et inquiétant auquel notre pays n’échappe malheureusement pas : celui de la hausse de criminalité organisée, qui gangrène notre vivre-ensemble. Cette criminalité – souvent liée au narcotrafic – nourrit la violence dans nos rues et entraîne des dérives telles que la corruption ou l’exploitation de jeunes livrés à eux-mêmes. Je salue le travail infatigable du pouvoir judiciaire qui lutte courageusement, parfois même sous la menace, contre tous ces maux.

Une autre valeur fondamentale à protéger est le respect des minorités. Les actes racistes ou xénophobes n’ont pas leur place en Belgique. Je suis, à cet égard, interpellé par la montée des actes antisémites, un peu partout dans le monde, mais aussi chez nous. Nous ne pouvons accepter 3 que des personnes soient maltraitées en raison de leurs convictions religieuses ou de leur appartenance à une communauté. À tous les actes motivés par le racisme, la xénophobie ou l’antisémitisme, il ne peut y avoir qu’une seule réponse : la tolérance zéro.

Tous ces sujets relèvent du respect de nos règles de droit et de nos valeurs. Cela vaut aussi pour les détenus. La dignité humaine et la protection due aux citoyens ne peuvent s’arrêter aux murs de nos prisons. Je sais que le gouvernement en est conscient. J’invite donc les autorités politiques et judiciaires à prendre à bras le corps le problème de la surpopulation carcérale.

Mesdames et Messieurs,

Je me vois malheureusement contraint de revenir sur la situation à Bruxelles, où la formation du gouvernement s’est enlisée dans une logique irresponsable. Je m’inquiète des graves conséquences de cet enlisement pour la Région, ses habitants et nos institutions.

Mesdames et Messieurs,

Les préparatifs du Bicentenaire de la Belgique ont bien démarré. Ce rendez-vous est important pour notre pays. Il s’inscrit dans une volonté de faire mieux connaître nos atouts. Espérons qu’à cette occasion, nous pourrons mettre en avant avec fierté notre capitale, Bruxelles, comme exemple d’un fédéralisme harmonieux. En rassemblant toutes nos forces, nous y parviendrons.

La Reine et moi, ainsi que toute notre famille, vous adressons nos vœux les meilleurs pour une année 2026 réussie et une confiance renouvelée dans l’avenir.

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