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Le SPF Santé publique ne procède quasi plus depuis 2023 à des contrôles sur la stérilisation du matériel et l’hygiène dans les salons de tatouages en raison d’un imbroglio au niveau fédéral, dénonce jeudi la députée fédérale Els Van Hoof (CD&V).
Pour le ministre de la Santé publique Frank Vandenbroucke (Vooruit), les tatoueurs ne sont pas des professionnels du secteur des soins. C’est donc au SPF Economie à procéder à ces contrôles, selon lui. Mais le ministre de l’Economie David Clarinval (MR) ne voit pas les choses de la sorte. « La santé ne peut pas être la victime d’une discussion sur les compétences ! », s’alarme jeudi la députée.
Jusqu’en 2020, l’inspection sanitaire menait régulièrement des contrôles auprès des tatoueurs. Ceux-ci doivent notamment utiliser des gants jetables, renouveler leur aiguille après chaque client, stériliser le matériel réutilisable, et travailler dans un lieu fixe destiné exclusivement à la réalisation de tatouages ou de piercings.
Lors de ces contrôles, des infractions étaient régulièrement constatées. Entre 2015 et 2020, six professionnels sur dix en moyenne n’étaient ainsi pas en ordre, selon des chiffres livrés par Els Van Hoof.
Plus de contrôle depuis la pandémie
Durant la pandémie de Covid, les salons de tatouages furent contraints de fermer leurs portes, entraînant logiquement une chute drastique du nombre de contrôles. Mais le retour à la vie normale n’a pas été suivi d’une reprise des contrôles.
Depuis 2023, quasi plus aucun contrôle n’a ainsi été mené, selon la députée CD&V qui s’appuie sur une réponse du ministre Vandenbroucke à une question parlementaire écrite de septembre 2024.
Celui-ci y indique qu’en 2023 et 2024, aucun contrôle n’a été mené. En réponse à une autre question écrite de la députée, le ministre de l’Economie David Clarinval a confirmé que « peu de contrôles ont été réalisés ces dernières années ».
Ministre de la Santé et ministre de l’Economie se renvoient chacun la balle. Pour le ministre de la Santé, les tatoueurs n’étant pas des soignants, « aucun moyen humain ou logistique ne doit plus être mobilisé pour (contrôler) cette activité ».
Des discussions ont été entamées avec le SPF Economie pour que cette tâche soit transférée vers celui-ci, « comme pour les autres professions libérales », mais celles-ci n’ont pu être achevées, indiquait M. Vandenbroucke dans sa réponse de 2024.
Interrogé en octobre 2025 par Mme Van Hoof, le ministre Clarinval a précisé, lui, que ses services « n’étaient pas au courant » d’un éventuel transfert de compétences. Pour le ministre de l’Economie, les contrôles d’hygiène relèvent de l’administration de la Santé publique. Celui-ci dit s’appuyer sur un arrêté royal de 2005 portant sur la réglementation des tatouages et piercings où il est spécificié que c’est le SPF Santé publique qui est chargé de veiller au bon respect des conditions d’exercice.
Une guéguerre aux graves conséquences sanitaires
Pour la députée Van Hoof, cette guéguerre pourrait entraîner de graves conséquences sanitaires. « Lors de la réalisation d’un tatouage, des aiguilles sont utilisées. Si ce matériel n’est pas correctement stérilisé, si les espaces de travail ne sont pas propres ou si de l’encre illégale est utilisée, cela peut mener à des infections, des allergies, des maladies cutanées, voire des contaminations graves telles que l’hépatite », s’inquiète l’élue.
« Pendant que les ministres discutent de leurs compétences, des gens courent des risques d’être infectés », ajoute celle-ci.
L’élue réclame en conséquence la reprise des contrôles par le SPF Santé publique tant que la réglementation ne sera pas adaptée.
Mis en cause, le cabinet du ministre Vandenbroucke estime que l’arrêté royal de 2005 est dépassé. Des adaptations doivent y être apportées. Des discussions sont en cours à ce sujet avec les cabinets concernés et l’administration, précise celui-ci jeudi.

















