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La circulation motorisée dans les forêts est interdite en Belgique. Pour assouvir leur passion, certains Belges, amateurs de rallye, organisent donc des virées en France pour réaliser cette pratique. Des passionnés vont même jusqu’à proposer des road books – des circuits tout tracés – vendus environ 60 euros.
Pour Gauthier, c’est tous les week-ends le même rituel : une fois les derniers réglages bouclés, il embarque ces amateurs de Rallye direction la France, dans la forêt de Thiérache à 15 kilomètres de Chimay.
Terrain de jeu
Une fois la frontière traversée, c’est la délivrance pour ces conducteurs qui respirent la liberté, car sur ces chemins boueux, la réglementation est bien plus souple que chez nous. « En France, on part plutôt du principe où tout est autorisé sauf exception. En Belgique, c’est plutôt l’inverse », explique Gauthier.
Les kilomètres de pistes forestières jonchées d’obstacles sont leur terrain de jeu. Chaque ornière devient un défi. Un autre amateur de rallye que nous avons rencontré explique : « Aux États-Unis, ils utilisent ça pour des rochers. » Et chaque passage de rivière devient une victoire : « On a de l’adrénaline parce qu’on ne sait jamais si on va réussir ou rester calés. La plupart du temps on arrive à passer », raconte Gauthier.
Mécontentement local
Mais ces rallyes ne font pas l’unanimité. À quelques kilomètres, Jean-Marie, habitant et forestier, s’embourbe jusqu’aux chevilles sur le sentier. Les chemins de sa parcelle sont totalement impraticables. « Quand je vais en forêt pour travailler, impossible de passer », nous confie-t-il. Il ajoute : « Ils viennent jouer chez nous en France sur les chemins alors qu’ils n’ont pas le droit de le faire en Belgique ».
Pour en avoir le cœur net, le forestier a fixé des caméras sur ses arbres, et les images ne mentent pas : chaque tout-terrain repéré porte une plaque belge. « C’est le plaisir de rouler dans les bois, avec des difficultés. On les voit sur la caméra en train de se tirer au treuil ou entre eux. Ils sont très contents, et ils se filment donc je pense que tout ça doit passer sur les réseaux sociaux en plus », déduit Jean-Marie.
Plusieurs plaintes
À Messincourt, petit village français de 600 habitants situé à quelques kilomètres de la frontière de notre province, le ras-le-bol grandit. Les habitants dénoncent le passage incessant de 4x4 qui dégradent les chemins forestiers. Michel Sabatier, le maire du village a donc décidé de réagir : pas question que sa paisible commune devienne une étape de rallye venue de Belgique. « J’ai porté plainte contre X et la gendarmerie va se débrouiller pour trouver le tour-opérateur, ce qui devrait être facile », annonce-t-il.
Et la mobilisation ne s’arrête pas là puisque plusieurs communes voisines ont également saisi la justice en portant plainte.


















