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« Plein de déchets autour » : la multitude de satellites au-dessus de nos têtes (même s’ils sont désormais indispensables) va poser problème, voici pourquoi

Par RTL info
L’astrophysicienne Yaël Nazé est notre invitée dans ce nouveau numéro de « La tête dans les étoiles ». Au micro de Luc Gilson, elle évoque la multitude de satellites actuellement en orbite. Indispensables à notre quotidien, ils s’accumulent autour de la Terre, avec des conséquences de plus en plus préoccupantes pour l’astronomie, la sécurité et l’environnement.

Depuis le lancement de Spoutnik en 1957, le nombre de satellites artificiels en orbite ne cesse de croître. Outils essentiels pour la météo, les télécommunications ou encore la navigation GPS, ils sont aujourd’hui plus de 12.500 à être fonctionnels dans l’espace. Mais ils ne sont pas seuls. « Il y a aussi tous les non fonctionnels : des morceaux de fusées, des satellites morts, des débris… Il y a plein de déchets autour », explique l’astrophysicienne Yaël Nazé, invitée de La tête dans les étoiles. En tout, plus de 40.000 objets de plus de 10 centimètres sont actuellement suivis par des radars, dit-elle.

Des satellites aux multiples usages

La majorité de ces satellites fonctionnels ont les yeux tournés vers la Terre. Ils sont devenus omniprésents dans notre quotidien. D’autres, en revanche, regardent vers l’espace. Il s’agit de véritables télescopes spatiaux, placés en dehors de l’atmosphère terrestre pour observer l’univers avec une précision inégalée. « L’atmosphère, c’est bien pour respirer, mais elle perturbe les observations et bloque une partie de la lumière », explique l’astrophysicienne. Grâce aux satellites, des dizaines de découvertes sont réalisées chaque jour : sur les étoiles, les planètes, le système solaire ou encore l’expansion de l’univers. Notre interlocutrice donne les exemples très connus de Hubble ou James Webb.

Mais cette multiplication de satellites a aussi un revers. Leur densité en orbite pose un réel problème pour les astronomes, mais pas seulement. « Ils sont gênants entre eux, parce qu’ils peuvent entrer en collision. C’est pour ça qu’on suit tous ces morceaux, parce qu’un impact peut détruire un satellite », alerte Yaël Nazé. La Station Spatiale Internationale, par exemple, doit régulièrement ajuster sa trajectoire pour éviter un débris. La sécurité des astronautes est en jeu.

Il suffit de rester un peu dehors la nuit pour voir passer ces points lumineux
Yaël Nazé, Astrophysicienne

Au sol, les observations astronomiques sont de plus en plus parasitées. Les satellites laissent des traces lumineuses dans les images ou provoquent des interférences radio. « Il suffit de rester un peu dehors la nuit pour voir passer ces points lumineux. Ce ne sont pas des avions, ce sont des satellites », constate-t-elle. Et cela ne nuit pas seulement à l’étude de l’univers : les satellites d’observation de la Terre eux-mêmes peuvent être brouillés par les communications des autres engins.

Appel à une régulation internationale

La situation risque encore de s’aggraver avec l’arrivée massive de constellations comme Starlink, déployées par SpaceX, l’entreprise d’Elon Musk. « On voit parfois ces chapelets de satellites lors de leur lancement. Ils sont très nombreux. Ça devient vraiment un problème ? », interroge Luc Gilson.

Pour Yaël Nazé, une régulation s’impose. « Il faudrait une régulation internationale, mais les grandes puissances spatiales bloquent. Les scientifiques ont déjà tiré la sonnette d’alarme, mais pour le moment, rien ne bouge. » Le nettoyage de l’espace devient une priorité. L’Agence spatiale européenne et le Japon planchent sur des solutions. Mais sans coopération des États-Unis, de la Chine ou de la Russie, les efforts resteront limités.

Plus de 250 lancements par an

Au-delà du risque de collision, les lancements eux-mêmes génèrent de la pollution. « On avait un lancement de temps en temps, maintenant on est à plus de 250 lancements par an. Et chaque lancement pollue l’atmosphère. Sans compter les satellites qui retombent ensuite sur Terre », déplore Yaël Nazé. Elle appelle à une réflexion globale sur la quantité de satellites envoyés : « On n’a peut-être pas besoin de 50 constellations de télécoms… » Les satellites sont devenus indispensables, mais leur prolifération sans encadrement menace l’avenir même des missions spatiales et de la recherche. Le défi est désormais de trouver un équilibre entre progrès technologique et préservation du ciel.

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