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Il y a, en occident, et notamment en France, une sorte de courant romantique qui rêve d’un retour de la monarchie en Iran. Ça tient notamment au fait que le prince héritier âgé de 65 ans, parle un excellent français, comme feu son père et sa mère, la chahbanou qui vit toujours à Paris.
Le Figaro Magazine, l’hebdomadaire de la bonne société, publie d’ailleurs cette semaine une interview de Reza Pahlavi qui explique comment il imagine une transition démocratique et non pas un retour impérial. Le journal souligne que des manifestants, un peu partout dans le pays, défilent en scandant « Javid chah ! » (Vive le roi !)… La plupart sont jeunes et n’ont pas connu l’ancien régime.
Et c‘est là le hic, car en 1979 le Shah a été renversé par la rue. Ce fut l’échec d’un souverain pro occidental, qui en 1971 avait épaté le monde avec les fêtes de Persépolis, revisitant l’histoire antique de la Perse celle de Darius ou de Xerxès. Mais les rêves fastueux du souverain ne correspondaient pas aspirations du peuple iranien et notamment de ses leaders religieux. Faire défiler des soldats tout droit sortis des bas-reliefs c’était oublier que le peuple, était avant tout musulman chiite, et que malgré la répression impitoyable de la police politique, la Savak il y avait une opposition forte dans le pays.
Son leader, l’ayatollah Khomeini, en exil depuis 1964, était réfugié en France à Neauphle-le-Château, près de Paris, où tous les intellectuels français venaient le visiter. On le présentait comme un vieux sage, aux idées progressistes, une sorte de Gandhi. On s’est bien trompé !
Une fois le Shah écarté par le premier ministre libéral, Chapour Bakhtiar, il est rentré en Iran le 1er février 1979, et il ne faudra pas quinze jours, pour qu’il nomme un gouvernement islamiste. Des dizaines d’officiers et de hauts fonctionnaires sont exécutés, les femmes sont obligées de porter le tchador, les guides de la révolution font régner l’ordre et la terreur. C’est toujours le cas aujourd’hui.
Le régime vacille mais ne tombe pas. Il y déjà eu en 2019 et en 2022 de nombreuses manifestations contre le guide suprême Khamenei le successeur de Khomeini, et les menaces américaines auraient même plutôt tendance à le renforcer. L’Iran est un grand pays de nonante millions d’habitants et le sentiment patriotique y est très répandu.
Alors, l’hypothèse la plus probable, si le régime devait tomber ce serait une transition avec un gouvernement islamiste modéré soutenu par l’ancien président Rouhani, le négociateur de l’accord sur le nucléaire iranien en 2015.
Certes dans une situation insurrectionnelle tout est toujours possible, mais le retour du Shah ? Ça plairait à Stéphane Bern, mais ça tient plus de la fiction que de la réalité.















