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L'église byzantine de Boïana révèle l'identité de son peintre

L'auteur des célèbres fresques byzantines de l'église de Boïana à Sofia, classées au patrimoine mondial de l'humanité et dont la restauration vient de s'achever, a été identifié, levant un mystère vieux de plus de sept siècles, a annoncé le Musée historique national.

"Nous connaissons maintenant le peintre avec certitude. On pouvait se douter de son identité car dans la liste des noms mentionnés régulièrement lors des prières à l'église de Boïana, ce nom figure parmi ceux de rois et de nobles", a déclaré à l'AFP le directeur du Musée historique national, Bojidar Dimitrov.

Cette hypothèse a été confirmée avec la découverte d'une inscription signant l'oeuvre, "Moi, Vassili ai peint", lors de l'achèvement des travaux de restauration de cette église du 13e siècle, a indiqué le restaurateur Grigoriy Grigorov.

Ce genre de signature est en fait très rare, a-t-il expliqué: "La religion orthodoxe interdit au peintre de se manifester car, aux yeux des prêtres, c'est Dieu qui a guidé sa main. Ce peintre a toutefois caché son nom sous une couche de peinture, tout en étant conscient que les croyants ne pourraient pas le voir", a-t-il souligné.

Certains historiens et archéologues ont toutefois douté que la fresque puisse être catégoriquement attribuée à Vassili. Selon l'un d'eux, Kosta Hadjiev, ce prénom pouvait tout aussi bien être celui d'un assistant du peintre.

Située dans la banlieue de Sofia, la petite église de Boïana a fait depuis le début du 20e siècle l'objet de travaux de restauration qui viennent seulement d'être achevés ces derniers jours.

Les fresques, dont les plus importantes datent de 1259, "constituent une des plus importantes collections de peintures médiévales", selon la liste de l'Unesco sur laquelle l'église de Boïana figure depuis 1979.

"Quoique encore soumises aux canons byzantins, ces fresques dégagent une liberté, un réalisme, une harmonie dans les proportions, une vie et une chaleur" qui "annoncent déjà la Renaissance italienne", selon l'expertise de l'Unesco.

Sans rompre avec les canons religieux, elles introduisent des éléments profanes comme la présence du gouverneur de Sofia à l'époque, Kaloïan, et de sa belle épouse, Dessislava. Autre innovation: les visages des saints et des martyrs ont du volume, grâce à l'utilisation de plusieurs couches de peinture, et expriment des sentiments, ce qui est inhabituel pour l'époque médiévale, a souligné M. Grigoriy Grigorov. Le peintre a en outre introduit des composantes traditionnels de la cuisine bulgare (oignon et navet) dans la fresque sur la Cène, a-t-il noté.

La plus vielle partie de l'église, Saint-Nicolas, fut construite au pied du Mont Vitocha à la fin du 10e et au début du 11e siècle. Au 13e siècle, une église dédiée à Saint-Pantéléon y fut ajoutée à la demande du gouverneur Kaloïan, dont le portrait figure sur un mur.

L'église fut laissée à l'abandon lors de la domination ottomane, qui commença au 14e siècle, et ce n'est qu'en 1845, lors de l'Eveil national bulgare, qu'une troisième construction y fut ajoutée.

Les fresques étant endommagées par l'humidité et la fumée des cierges, l'église fut fermée en 1954 avant de rouvrir partiellement au public en 2006. Désormais débarrassée de ses derniers échafaudages, elle a été équipée d'un système de climatisation entretenant en permanence une température de 17 à 18 degrés. L'éclairage n'émet pas de chaleur et les visiteurs ne sont pas autorisés à y rester à l'intérieur plus d'un quart d'heure.

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