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« Je crains un basculement dans l’ultra-précarisation » : comment ce CPAS bruxellois s’est-il préparé à l’affluence de nouveaux demandeurs ?

Par RTL info avec Martin Buxant
Jean-François Thayer (Les Engagés), le président du CPAS de Woluwe-Saint-Lambert, était l’invité de Martin Buxant ce lundi 5 janvier sur bel RTL. Il a raconté comment, avec la réforme du chômage, son organisme va gérer l’affluence de demandeurs auprès du CPAS.

Martin Buxant : Combien de personnes en plus et quel profil est-ce que vous allez accueillir ?

Jean-François Thayer : Ce sont les gens qui n’ont pas eu de travail pendant plus de 20 ans. Donc, on peut s’attendre à avoir un profil de gens qui sont fort précarisés, qui sont fort loin finalement de la société. Et en ça, le CPAS, les assistants sociaux, sont peut-être les mieux armés pour pouvoir les reconnecter à la société. Mais pour ça, il faut aussi qu’on ait nos moyens. Alors, nous, on est un des rares CPAS à Bruxelles qui a déjà pu passer son budget. On a essayé d’avoir une estimation fine du nombre de personnes. Moi, j’estime qu’on sera à près de 50 % de nouvelles personnes en plus qui bénéficieront d’un revenu d’intégration.

Comment concrètement, ces personnes vont-elles être accompagnées ?

On a déjà donné, on a travaillé en amont une série d’informations. On ne nous a pas donné les coordonnées des personnes. On n’a pas pu les recevoir de l’ONEM, c’est bien dommage. Donc, on a communiqué. On a fait, notamment avec la commune, des réunions d’information dans différents quartiers pour leur dire ce qu’il fallait faire. On a ce qu’on appelle un FAQ. Certaines personnes sont venues, on leur a donné des informations pour leur dire : revenez dès la première permanence du 5.

Quel est leur état d’esprit ?

Vous en avez qui sont vraiment angoissés, qui se demandent, grosso modo, comment ça va se passer. Vous avez beaucoup de gens qui disent, mais qu’ai-je fait pour devoir être aidé par le CPAS ? Et donc, là aussi, il faut les aider. Le CPAS est là pour aider toute personne qui connaît un coup dur dans la vie. On essaie aussi de les conseiller, de les rassurer. Mais vous avez aussi beaucoup de personnes qui ne sont pas venues. Et je crains que, notamment dans le public qui n’a plus travaillé depuis plus de 20 ans, certaines ne se rendent compte, indépendamment de la lettre qu’elles ont reçue, mais sont encore en décrochage social, qu’elles ne vont peut-être venir que le début du mois de février parce que fin janvier, elles n’auront pas perçu les personnes chômages. Et donc, un basculement dans l’ultra-précarisation. Nous, on sera là pour les aider, pour qu’ils ne soient pas dans la précarisation. Mais il y aura un travail d’insertion professionnelle. Les chômeurs seront aidés par notre cellule intégration professionnelle.

Vous avez dû engager du personnel ?

On a engagé près de 16 personnes, rien que sur cette année : des assistants sociaux, mais on sait que c’est un métier en pénurie. Et puis, des personnes pour venir en aide, notamment à la cellule d’insertion professionnelle, qui aident les personnes à trouver un emploi, mais aussi des assistants administratifs pour suivre tous ces dossiers. Dans la première vague, ce sera un travail d’insertion sociale pour laquelle on a besoin de certains moyens.

Est-ce que vous avez reçu de l’argent pour le faire ? Est-ce que vous avez reçu des moyens supplémentaires ?

On nous a promis notamment 26 millions d’euros pour tous les CPS du pays. Alors aujourd’hui, les caisses n’ont pas encore reçu ces 26 millions.

Vous commencez à faire ce travail d’accompagnement des chômeurs de longue durée, mais vous n’avez pas reçu l’argent pour le faire ? Comment allez-vous faire ?

Sur fond propre. Tous les investissements qu’on a faits en 2025, on a déjà engagé 4 personnes en 2025, notamment des agents d’accueil. Tous les travaux qu’on fait dans les locaux pour adapter nos locaux, on l’a fait sur fonds propres. Le texte est passé le 18 décembre à la Chambre. Une semaine avant Noël. Et comme après, pendant deux semaines, le service public en charge de les redistribuer, le service public intégration sociale, était fermé pendant deux semaines. On est quand même dans l’absurdistan pour ça. On a la plus grande réforme qui touche les CPAS, et le service public qui doit s’occuper de nous, qui doit nous donner l’argent, est fermé.

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