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« Aucune preuve, aucun corps » : comment le cheval le plus cher du monde s’est évaporé en pleine nuit

par RTL info avec Thomas de Bergeyck
En février 1983, le pur-sang le plus cher du monde s’évapore en pleine nuit dans un haras irlandais. Plus de quarante ans plus tard, l’enlèvement de Shergar, propriété de l’Aga Khan IV, reste l’un des plus grands mystères de l’histoire des courses.

Propriétaire de Shergar, l’Aga Khan IV, le prince Karim, disparu il y a un an à l’âge de 88 ans, était une figure à part. Imam spirituel de millions d’Ismaéliens à travers le monde, milliardaire et mécène, il a consacré une grande partie de sa vie à des projets éducatifs, médicaux et architecturaux.

Mais derrière l’homme d’influence se dévoilait surtout un amoureux inconditionnel des chevaux. La Normandie comptait parmi ses refuges privilégiés. Il y possédait plusieurs haras et élevait des lignées d’exception, qu’il maîtrisait dans les moindres détails. Comme le souligne Thomas de Bergeyck, spécialiste des monarchies : « Il connaissait chaque lignée par cœur, comme une dynastie royale. » Chez lui, l’élevage dépassait la simple passion : il s’inscrivait dans une logique de transmission, presque dynastique.

Shergar, un champion hors norme

Et au sommet de cette dynastie équine, un nom : Shergar.

« Shergar, c’est le joyau. Un pur-sang né pour la légende », rappelle Thomas de Bergeyck. En 1981, le cheval marque l’histoire en remportant le Derby d’Epsom avec dix longueurs d’avance, du jamais vu. Il enchaîne ensuite avec le Derby d’Irlande et les King George VI and Queen Elizabeth Stakes.

À la fin de la saison, sa valeur est estimée à plus de 10 millions de livres sterling. « Le cheval le plus cher du monde à l’époque. » À l’époque, il est tout simplement le cheval le plus cher du monde.

Le 6 juin 1981, Shergar remporte le Derby monté par W. Swinburn.
Le 6 juin 1981, Shergar remporte le Derby monté par W. Swinburn. - Content Curation

Dans la nuit du 8 février 1983, au haras de Ballymany en Irlande, tout bascule. Des hommes armés font irruption et emmènent le champion. Le lad chargé de s’occuper de lui, Fitzgerald, est brièvement kidnappé avant d’être relâché.

Quatre jours plus tard, une demande de rançon de deux millions de livres est formulée. « Sauf que l’argent ne sera jamais versé », souligne Thomas de Bergeyck. Les négociations échouent. Puis le silence. Shergar disparaît à jamais.

L’ombre de l’IRA et les théories sans réponse

À l’époque, l’Irish Republican Army (IRA) nie toute implication. Des années plus tard, un ancien membre évoquera toutefois une opération qui aurait mal tourné. Selon ce témoignage, le cheval se serait blessé et aurait été abattu. « Mais aucune preuve, aucun corps, aucune certitude », insiste Thomas de Bergeyck.

Les spéculations se multiplient : piste politique, acte criminel, rivalités entre éleveurs… Toutes les hypothèses circulent, sans qu’aucune ne soit confirmée.

L’Aga Khan a toujours réagi avec retenue. Il n’a jamais exploité publiquement le drame ni cherché à entretenir la polémique. Avec le temps, Shergar est devenu un symbole, celui d’un mystère irrésolu. « En son honneur, la Shergar Cup est créée à Ascot », explique le spécialiste.

Officiellement, plus de quarante ans après les faits, le cheval le plus célèbre du monde reste porté disparu. Dans l’histoire des courses, Shergar demeure un cas unique : un champion de cette envergure volatilisé, sans trace, sans certitude, laissant derrière lui une énigme qui continue de fasciner le monde hippique.

L’Aga Khan, lui, repose désormais dans le mausolée familial sur les hauteurs d’Assouan, derrière l’île Éléphantine, « bien loin des soubresauts d’une enquête enterrée, sans doute, pour de bon », comme le glisse Thomas de Bergeyck.

L’histoire royale de Thomas de Bergeyck est à retrouver chaque samedi sur bel RTL, et en podcast à tout moment.

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