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"Les politiques n'ont strictement rien à faire des quartiers", estime Ladj Ly

Le réalisateur Ladj Ly, qui revient en salles le 6 décembre quatre ans après "Les Misérables", dénonce l'abandon des habitants des quartiers populaires par les politiques, et appelle la jeunesse des banlieues à "s'engager" pour changer les choses, dans un entretien à l'AFP.

Question: Après le triomphe des "Misérables", vous aviez envie avec votre prochain film, "Bâtiment 5", de filmer à nouveau la banlieue ?

Réponse: "Je me suis inspiré à nouveau de là où j'ai grandi (Montfermeil, en Seine-Saint-Denis, ndlr), une histoire personnelle, une histoire vraie. J'avais envie de témoigner de ce plan de rénovation urbaine qui a été lancé. Le quartier a été transformé totalement et, malheureusement, la plupart des habitants ont été délogés, on les a mis plus loin. Avec ce projet du Grand Paris, il y a une gentrification, ces quartiers défavorisés où on nous a toujours pointés du doigt, on nous a dit que c'était la zone. Aujourd'hui, ça a pris de la valeur. Et les gens sont obligés de partir, parce qu'ils ne peuvent plus payer, on va devoir quitter notre petit village français"

Question: Le film est sans concession pour les politiques...

Réponse: "Malheureusement, les quartiers on en a tous entendu parler. Les Français les connaissent via les politiques et les médias et on se rend compte qu'il y a un fossé énorme entre ce qu'ils racontent et la réalité du terrain. Moi, mon rôle d'artiste, c'est de montrer cette réalité là en étant juste, sans tricher, comme on a pu le voir dans +Les Misérables+, où j'ai essayé d'être le plus sincère possible et on a réussi à toucher les gens en France et dans le monde.

La violence, où elle a mené ? En 2005, en 2018, et là encore avec la mort de Nahel, toute la France a pris feu, pas que les quartiers. Et la prochaine étape, elle est quand même assez flippante. Donc (il faut) trouver les vraies solutions, elles sont là, mais on n'en veut pas. Il n'y a aucune volonté pour faire changer les choses. Les politiques n'en ont strictement rien à faire et Macron le premier, je le dis. Après avoir vu +Les Misérables+, il était touché, bouleversé... Et qu'est ce qu'il s'est passé ? Rien !".

Question: Le film s'intéresse à l'engagement politique d'une nouvelle génération, à travers son personnage féminin principal. Les jeunes sont-ils un espoir pour les quartiers ?

Réponse: "Je voulais aussi redonner un message d'espoir, sur comment on repense la politique, comment cette nouvelle génération peut apporter de nouvelles idées et comment on se réengage en politique. Le message, il est là, c'est: +Engagez vous. OK, c'est compliqué, mais il y a moyen de changer les choses, d'arriver avec de nouvelles idées+. Ne désespérez pas, la solution ne peut être que politique !

J'espère que ça va donner de l'espoir, des idées. A un moment donné, arrêtez de vous plaindre, si vous voulez vraiment changer les choses, vous êtes obligés d'en passer par là".

Question: Le succès et la reconnaissance des "Misérables" ont tout changé. Espérez-vous toujours tourner le troisième volet de cette trilogie sur la banlieue ?

Réponse: "On essaie de me mettre dans une case mais je ne fais pas du tout du cinéma de banlieue, c'est du cinéma, point ! Un cinéma qui marque, on a fait des millions d'entrées, on a été vendu dans 70 pays ! Donc racontez ce que vous voulez, le film parle de lui-même. Franchement, après "Les Misérables", on ne peut plus nous dire que +c'est compliqué+, qu'on n'est pas légitimes.

Un troisième volet arrive pour conclure tout ce chapitre. On sera plus dans les années 1990, où tout démarre, où on aura les meilleurs souvenirs, les plus intenses. Le troisième volet sera le plus explosif des trois. On a déjà hâte !"

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